Vous finirez bien les frites ?
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Le mouvement réaliste, dans sa veine paysanne, s’affirme dès les années 1840 avec les œuvres de Jean‑François Millet, Jules Breton et plusieurs autres artistes. Plus tard, l’artiste Vincent Van Gogh (1853‑1890) reprend cette thématique, la métamorphosant en une vision profondément expressive et sombre, marquée par sa sensibilité personnelle. Mais avant, un peu d’histoire...

De 1882 à 1883, Van Gogh réside à La Haye, affirmant son désir de rompre avec les conventions morales de son milieu, ses lectures de l’époque renforçant ses convictions sociales et sa sensibilité envers les plus démunis. Entre septembre et décembre 1883, seul, il demeure dans la province de Drenthe, à la campagne, où il commence à peindre le monde agricole. En décembre, il rejoint sa famille à Nuenen.

C’est surtout à Nuenen que Van Gogh s’immerge dans la vie rurale. Il loge chez l'habitant et partage leurs repas : mineurs, charbonniers ou tisserands, puis dans une famille de paysans, les De Groote, à qui il paie un petit loyer. Il réalise de nombreuses études à la pierre noire représentant des tisserands ou des paysans au travail.

Dès la fin du 18e siècle, la pomme de terre nourrit à bas prix les travailleurs agricoles et les ouvriers des usines. Au 19e siècle, elle devient aussi un motif pictural.

Les œuvres de Vincent van Gogh consacrées à la pomme de terre occupent une grande place de sa période dite "paysanne", entre 1883 et 1885. La plus connue est sans doute son tableau "Les Mangeurs de pommes de terre", mais on y trouve aussi des études de paysans au travail, comme "Paysans plantant des pommes de terre", ainsi que des natures mortes comme "Nature morte avec pommes de terre dans une écuelle".

"Parmi mes propres travaux, je considère le tableau des paysans mangeurs de pommes de terre, que j'ai peint à Nuenen, comme étant en fin de compte ce que j’ai fait de mieux." Tenu par Van Gogh, après l'exécution du tableau "Les Mangeurs de pommes de terre", le propos incite à considérer cette oeuvre comme le véritable seuil de sa carrière d'artiste. 

Dans ce tableau, une famille paysanne prend son repas dans une obscurité presque totale : ils mangent des pommes de terre et boivent du café. Les visages, fortement contrastés, semblent presque caricaturaux. La scène, éclairée uniquement par une lampe à huile, contraint le peintre à ajouter une seconde source lumineuse, dissimulée derrière la fillette vue de dos, afin de mieux révéler l’espace.

Pour réaliser ce tableau, Van Gogh a multiplié les esquisses, particulièrement pour les mains, car il voulait rester fidèle aux gestes du quotidien et à la dure réalité de la vie paysanne. C’est la raison pour laquelle les paysans sont représentés avec des visages grossiers, aux couleurs de la terre, et des mains osseuses, noueuses et travailleuses.

Le peu de finances dont dispose le peintre, ainsi que le sombre paysage de Nuenen imposent des tons à sa palette : Noir, Vert-olive, Terre d'ombre, Ocre pâle, Terre de Sienne, Jaune.

Malgré tous ses efforts, la toile reçoit une mauvaise réception, et l’anatomie des personnages ainsi que leur laideur sont sévèrement critiqués, et ce même par son frère Theo et son ami Anthon van Rappard.

A Nuenen, Van Gogh découvre une autre forme de misère. Son tableau "Une maison de tisserand" en est le reflet. Ce n’est pas celle des indigents totalement dépourvus de ressources et d’abri, ni celle des paysans, mais celle, plus sourde, des tisserands : des ouvriers broyés par la mécanique de l’industrialisation, dont le labeur ne leur rapporte qu’un salaire à peine suffisant pour nourrir leur famille.

Avec ce tableau, Van Gogh s’inscrit ici dans la lignée de Jean‑François Millet, donnant à son tisserand et ses paysans la même force tranquille que les agriculteurs de L’Angélus.


Pour aller plus loin :

Au Château d’Aubenas, jusqu’au 20 Septembre, "Des patates" est une exposition d’art contemporain réunissant, autour de l’amour de la pomme de terre, les oeuvres d’artistes de générations et de nationalités différentes.

Le Frietmuseum, à Bruges (Belgique), consacré à l'histoire de la pomme de terre et de la frite, contient aussi des machines utilisées autrefois pour la récolte, le tri et la cuisson des pommes de terre.

Vincent Van Gogh en France :
 - Maison de Van Gogh à Auvers sur Oise, où il s'installe en 1890 et met fin à ses jours
 - la Fondation Van Gogh, à Arles, consacrée à sa vie et son œuvre, et aux artistes qui lui sont chers
 - le Musée d'Orsay, où plusieurs de ses œuvres sont exposées à côté de celles de Gauguin et d'autres contemporains

Au Pays-Bas :
 - le musée Van Gogh de Amsterdam,
 - le musée Van Gogh Village à Nuenen
 - le musée Van Gogh Huis Drenthe


Quelques livres :

Le livre La pomme de terre de la renaissance au XXIe siècle veut essayer de brosser en quelques touches un panorama de la place de la pomme de terre dans les civilisations. Enrichi d’un CD audio incluant une belle sélection de chansons dédiées à la pomme de terre.

Si Paul Nizon, avec son livre Les débuts de Van Gogh - Les dessins de la période hollandaise, se tourne vers l’artiste flamand, c'est parce qu'il ressent une affinité profonde avec son oeuvre. L'essentiel du livre est consacré à la période de 1881 à 1885.

Cette introduction richement illustrée retrace la vie de Vincent van Gogh : ses premières œuvres figurant paysans et ouvriers agricoles, sa lumineuse période parisienne et son dernier sursaut créatif, plein de frénésie, dans le Sud de la France.


Images citées de Vincent Van Gogh :
 - Les Mangeurs de pommes de terre, 1885, Musée van Gogh, Amsterdam, Pays-Bas
 - Paysans plantant des pommes de terre, 1885, Musée Kröller-Müller, Otterlo, Pays-Bas
 - Nature morte avec pommes de terre dans une écuelle, 1885, Collection privée
 - Une maison de tisserand, 1884, Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, Pays-Bas


Beaucoup d’artistes ont chanté Van Gogh, mais le coeur de votre rédacteur penche encore et toujours vers Les tournesols de Jean Ferrat.


Gardez la frite !






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