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Le
4 août 2026,
C’est l’été, voici revenu le temps des balades dans les musées, des pique-niques et des... chips. Savez-vous que son paquet hermétique a été inventé il y a un siècle, en 1926 ?
L’étude des représentations alimentaires dans la peinture européenne jusqu’au 18e siècle révèle un phénomène notable : la quasi‑absence de la pomme de terre comme motif pictural. La raison tient à sa lente diffusion en Europe et à la place longtemps marginale occupée dans les habitudes alimentaires. Remontons le temps...
Au 16e siècle, les conquistadors rapportent un nouveau tubercule en Espagne, base de l’alimentation de l’empire Inca, d’où il gagne ensuite le reste de l’Europe. Il n'y est pas accueilli avec beaucoup de ferveur, inspirant méfiance : petit, amer, soupçonné de transmettre la lèpre et autres maladies, il sert surtout, au début, à nourrir... les cochons !
En France, son introduction est difficile. Au début du 18e siècle, pourtant, elle devient un espoir contre les famines. Mais une épidémie de peste à Marseille en 1722 relance les soupçons sur sa consommation, et sa culture est interdite jusqu’à ce que la Faculté de médecine la juge consommable. Et grâce à qui ?
Un certain Antoine-Augustin Parmentier, pharmacien, lui donne ses lettres de noblesse. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), prisonnier des Prussiens, il ne mange que de la bouillie de pommes de terre. Au fil des semaines, il est surpris de constater qu'il reste en bonne santé. et s'interroge : et si la pomme de terre possédait des qualités nutritives insoupçonnées ?
Il met à profit ses connaissances médicales pour étudier le tubercule. L'académie de Besançon, suite aux disettes de 1769 et 1770, organise en 1771 un concours pour trouver un légume permettant de limiter les famines. Parmentier présente la pomme de terre et remporte le concours. Il n’a plus qu’à en faire la publicité, et, ensuite, les famines et les guerres accélèrent son adoption.
Dès la fin du 18e siècle, ainsi qu’au 19e siècle, la pomme de terre soutient la révolution industrielle, fournissant une nourriture bon marché aux travailleurs agricoles et aux ouvriers dans les usines.
Sa diffusion réelle dans les pratiques agricoles et culinaires explique que les artistes de l’époque ne l’intègrent pas dans leurs compositions. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’elle devient vraiment un motif pictural, notamment dans les courants du réalisme et du naturalisme, avec un artiste comme Jean-François Millet.
Jean-François Millet (1814-1875) grandit en Normandie dans une famille d'agriculteurs. Il consacre ensuite son art à l'illustration de la condition paysanne en France.
Au sujet de son tableau "Les planteurs de pommes de terre", mêlant dure réalité et beauté, il écrit : "Pourquoi le travail d'un planteur de pommes de terre devrait-il être moins intéressant ou moins noble que toute autre activité ?". La présence de l'âne et de l'enfant endormi sous l'arbre rappelle une autre famille pauvre : "la Sainte Famille" avec Joseph, Marie et Jésus.
Les résonances religieuses sont fréquentes dans le travail de Millet, comme dans "L’Angelus". L'Angelus est une ancienne coutume de prière initiée par la sonnerie des cloches des églises du village. Un couple prie à la fin d'une journée de travail. Des pommes de terre non ramassées gisent au pied de l’homme, un panier plein se tient aux pieds de la femme et, à côté d'elle, se trouve une brouette chargée de sacs.
"L’homme à la houe" provoque une tempête de controverse : le paysan peint y est considéré comme brutal et effrayant. La révolution industrielle provoque un exode rural, et ce tableau est interprété comme une protestation sociale contre le sort du paysan. Pourtant, Millet déclare qu'il n'était ni socialiste ni un agitateur. Ce tableau a inspiré, en 1898, son plus célèbre poème à l’écrivain américain Edwin Markham, réputé pour sa défense de la justice sociale.
Mais Millet n’est pas le seul peintre de la condition paysanne au 19e siècle. Vincent Van Gogh en est aussi un digne représentant, suite au prochain numéro...
Pour aller plus loin :
Au Château d’Aubenas, jusqu’au 20 Septembre, "Des patates" est une exposition d’art contemporain réunissant, autour de l’amour de la pomme de terre, les oeuvres d’artistes de générations et de nationalités différentes.
Visiter La Féculerie du Moulin Gentrey, c’est suivre les étapes de fabrication de la fécule de pomme de terre et découvrir quelques-uns des outils utilisés pour sa culture lors du siècle dernier.
Le Frietmuseum, à Bruges (Belgique), consacré à l'histoire de la pomme de terre et de la frite, contient aussi des machines utilisées autrefois pour la récolte, le tri et la cuisson des pommes de terre.
La maison natale de Jean-François Millet se situe dans la commune de Gréville-Hague, en Normandie. Restaurée, elle évoque l’enfance et la formation du peintre. La maison-atelier de Jean-François Millet est devenue le musée Millet, à Barbizon, en Ile-de-France, ouvrant au public l'endroit où a vécu et travaillé le peintre.
Quelques livres :
Le livre La pomme de terre de la renaissance au XXIe siècle veut essayer de brosser en quelques touches un panorama de la place de la pomme de terre dans les civilisations. Enrichi d’un CD audio incluant une belle sélection de chansons dédiées à la pomme de terre.
Joli livre pour enfant, C'est l'histoire d'une patate qui ne voulait pas finir en frites : une petite patate se pose de grandes questions. Pourquoi serait-elle obligée de finir en potage ou en frites ? Et si elle avait envie d’autre chose et d’aventures ? Purée, vive la liberté !
Découvrez, avec Jean-François Millet, le peintre des paysans, un artiste, dans un 19e siècle en marche vers l'industrialisation, peignant le monde rural... Loin d’une cause politique, il entend simplement rendre leur dignité à ceux qui, malgré tout, nourrissent encore la France.
Images citées de Jean-François Millet :
- Les planteurs de pommes de terre, vers 1861, Museum of Fine Arts, Boston, Etats-Unis
- L’Angelus, entre 1857 et 1859, Musée d’Orsay, Paris
- L’homme à la houe, entre 1860 et 1862, Getty Center, Los Angeles, Etats-Unis
Bonnes chips !
L’étude des représentations alimentaires dans la peinture européenne jusqu’au 18e siècle révèle un phénomène notable : la quasi‑absence de la pomme de terre comme motif pictural. La raison tient à sa lente diffusion en Europe et à la place longtemps marginale occupée dans les habitudes alimentaires. Remontons le temps...
Au 16e siècle, les conquistadors rapportent un nouveau tubercule en Espagne, base de l’alimentation de l’empire Inca, d’où il gagne ensuite le reste de l’Europe. Il n'y est pas accueilli avec beaucoup de ferveur, inspirant méfiance : petit, amer, soupçonné de transmettre la lèpre et autres maladies, il sert surtout, au début, à nourrir... les cochons !
En France, son introduction est difficile. Au début du 18e siècle, pourtant, elle devient un espoir contre les famines. Mais une épidémie de peste à Marseille en 1722 relance les soupçons sur sa consommation, et sa culture est interdite jusqu’à ce que la Faculté de médecine la juge consommable. Et grâce à qui ?
Un certain Antoine-Augustin Parmentier, pharmacien, lui donne ses lettres de noblesse. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), prisonnier des Prussiens, il ne mange que de la bouillie de pommes de terre. Au fil des semaines, il est surpris de constater qu'il reste en bonne santé. et s'interroge : et si la pomme de terre possédait des qualités nutritives insoupçonnées ?
Il met à profit ses connaissances médicales pour étudier le tubercule. L'académie de Besançon, suite aux disettes de 1769 et 1770, organise en 1771 un concours pour trouver un légume permettant de limiter les famines. Parmentier présente la pomme de terre et remporte le concours. Il n’a plus qu’à en faire la publicité, et, ensuite, les famines et les guerres accélèrent son adoption.
Dès la fin du 18e siècle, ainsi qu’au 19e siècle, la pomme de terre soutient la révolution industrielle, fournissant une nourriture bon marché aux travailleurs agricoles et aux ouvriers dans les usines.
Sa diffusion réelle dans les pratiques agricoles et culinaires explique que les artistes de l’époque ne l’intègrent pas dans leurs compositions. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’elle devient vraiment un motif pictural, notamment dans les courants du réalisme et du naturalisme, avec un artiste comme Jean-François Millet.
Jean-François Millet (1814-1875) grandit en Normandie dans une famille d'agriculteurs. Il consacre ensuite son art à l'illustration de la condition paysanne en France.
Au sujet de son tableau "Les planteurs de pommes de terre", mêlant dure réalité et beauté, il écrit : "Pourquoi le travail d'un planteur de pommes de terre devrait-il être moins intéressant ou moins noble que toute autre activité ?". La présence de l'âne et de l'enfant endormi sous l'arbre rappelle une autre famille pauvre : "la Sainte Famille" avec Joseph, Marie et Jésus.
Les résonances religieuses sont fréquentes dans le travail de Millet, comme dans "L’Angelus". L'Angelus est une ancienne coutume de prière initiée par la sonnerie des cloches des églises du village. Un couple prie à la fin d'une journée de travail. Des pommes de terre non ramassées gisent au pied de l’homme, un panier plein se tient aux pieds de la femme et, à côté d'elle, se trouve une brouette chargée de sacs.
"L’homme à la houe" provoque une tempête de controverse : le paysan peint y est considéré comme brutal et effrayant. La révolution industrielle provoque un exode rural, et ce tableau est interprété comme une protestation sociale contre le sort du paysan. Pourtant, Millet déclare qu'il n'était ni socialiste ni un agitateur. Ce tableau a inspiré, en 1898, son plus célèbre poème à l’écrivain américain Edwin Markham, réputé pour sa défense de la justice sociale.
Mais Millet n’est pas le seul peintre de la condition paysanne au 19e siècle. Vincent Van Gogh en est aussi un digne représentant, suite au prochain numéro...
Pour aller plus loin :
Au Château d’Aubenas, jusqu’au 20 Septembre, "Des patates" est une exposition d’art contemporain réunissant, autour de l’amour de la pomme de terre, les oeuvres d’artistes de générations et de nationalités différentes.
Visiter La Féculerie du Moulin Gentrey, c’est suivre les étapes de fabrication de la fécule de pomme de terre et découvrir quelques-uns des outils utilisés pour sa culture lors du siècle dernier.
Le Frietmuseum, à Bruges (Belgique), consacré à l'histoire de la pomme de terre et de la frite, contient aussi des machines utilisées autrefois pour la récolte, le tri et la cuisson des pommes de terre.
La maison natale de Jean-François Millet se situe dans la commune de Gréville-Hague, en Normandie. Restaurée, elle évoque l’enfance et la formation du peintre. La maison-atelier de Jean-François Millet est devenue le musée Millet, à Barbizon, en Ile-de-France, ouvrant au public l'endroit où a vécu et travaillé le peintre.
Quelques livres :
Le livre La pomme de terre de la renaissance au XXIe siècle veut essayer de brosser en quelques touches un panorama de la place de la pomme de terre dans les civilisations. Enrichi d’un CD audio incluant une belle sélection de chansons dédiées à la pomme de terre.
Joli livre pour enfant, C'est l'histoire d'une patate qui ne voulait pas finir en frites : une petite patate se pose de grandes questions. Pourquoi serait-elle obligée de finir en potage ou en frites ? Et si elle avait envie d’autre chose et d’aventures ? Purée, vive la liberté !
Découvrez, avec Jean-François Millet, le peintre des paysans, un artiste, dans un 19e siècle en marche vers l'industrialisation, peignant le monde rural... Loin d’une cause politique, il entend simplement rendre leur dignité à ceux qui, malgré tout, nourrissent encore la France.
Images citées de Jean-François Millet :
- Les planteurs de pommes de terre, vers 1861, Museum of Fine Arts, Boston, Etats-Unis
- L’Angelus, entre 1857 et 1859, Musée d’Orsay, Paris
- L’homme à la houe, entre 1860 et 1862, Getty Center, Los Angeles, Etats-Unis
Bonnes chips !