Ô corset, quand tu nous tiens...
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Ne pas oublier, mesdames, bien à l’aise dans vos amples pulls et vos jeans baggy élasthane, de l’époque où corset rimait avec beauté et taille de guêpe, la jupe longue étant imposée et le pantalon… interdit. Ah que de tortures n’avez-vous pas subies !

Principalement répandu du 16e au 18e siècles, le corps baleiné, porté sous la robe, est lacé dans le dos ou sur le devant. Rigide, il force à une posture droite et affine la taille. Il rehausse un peu les seins, ou alors les applatit.

Son héritier est le corset, apparu au 19e siècle, destiné à modeler la silhouette, toujours en affinant la taille, mais, à l’inverse du corps baleiné, en rehaussant exagérément la poitrine et en mettant en valeur les hanches.

Et la "baleine", dans cette affaire ? Les baleines sont les tiges glissées dans les corps baleinés ou dans les corsets, leur donnant rigidité. Jusqu'au 18e siècle, les corsetiers utilisent de vrais fanons de baleines, étroits, solides et souples, et en très grand nombre. Au début du 19e siècle, sont inventées les baleines en acier. En 1828, l’invention des œillets métalliques permet un serrage plus fort.

Le tightlacing consiste à porter un corset très très serré pendant quasiment toute la journée, avec parfois juste une heure de "pause", en augmentant progressivement le serrage. Le but est de réduire progressivement et durablement le tour de taille.

Au 19e siècle, le corset inspire une iconographie abondante, surtout des carricatures. Il apparaît souvent en peinture sous la forme de femmes corsetées, plus ou moins habillées ou dénudées, mais peu comme sujet explicite de l’oeuvre.

Représenté en tant qu’élément vestimentaire, il permet aux artistes peintres, comme de véritables intrus, d’explorer l’intimité de la femme à sa toilette, dans son boudoir, laçant ou délaçant son corset, comme "Jeune femme ajustant son corset" de Pierre Carrier-Belleuse, ou "Devant le miroir" de Édouard Manet.

Dans les portraits mondains, le corset signale la respectabilité, la tenue, la discipline. Les silhouettes élancées de "La Galerie du HMS Calcutta (Portsmouth)" de James Tissot, ainsi que les tailles resserrées et les bustes projetés vers l’avant de "Une soirée" de Jean Béraud, incarnent les normes bourgeoises et bien-pensantes du siècle.

Le corset devient un objet narratif, signalant la profession, comme "La Modiste Sur Les Champs Elysees" de Jean Béraud, ou bien, "Nana" de Edouard Manet qui révèle la vulnérabilité, ou la routine des courtisanes dont le prochain client attend déjà, caché dans un coin du tableau.

Dans "Fille de la ferme à ses toilettes laçant son corset" de Eugène Lepoittevin, une jeune fille, dans une chambre abritant également des animaux, lace son corset. Au 19e siècle, les ouvrières des usines, comme les filles de fermes, portent des corsets adaptés au travail physique, servant de ceinture lombaire et de soutien robuste pour porter de lourdes charges.

À la fin du 19e siècle, des mouvements de réforme vestimentaire voient le jour, arguant que le corset est un instrument de l'oppression des femmes, et les professionnels de la santé mettent en garde contre les dangers du laçage serré. En effet, celui-ci entraîne une déformation des côtes flottantes et des viscères, et réduit la capacité respiratoire.

Avec la Première Guerre mondiale, le corset tend à disparaître… et dans les années 1930-1940, il est remplacé par des gaines élastiques beiges et roses. Mais il n’a pas dit son dernier mot, réinventé, entre autres, par le créateur Jean-Paul Gaultier.

De nos jours, les musées conservent de nombreux corsets du 19e siècle, souvent richement décorés, en satin brodé, avec baleines en métal, garnis de dentelles et motifs floraux. Ces objets témoignent de son importance esthétique et sociétale.


Baladez-vous :

Jusqu'au 1er novembre, l'exposition "Sois belle. Quand la mode raconte la condition des femmes (1830-1914)", au Musée de Vire en Normandie, explore les racines de cette injonction à travers la mode des années 1830 à 1914. L'histoire de la mode est un indicateur de la place des femmes au 19e siècle, et les artifices qui modifient, contraignent et exaltent sa silhouette révélant à quel point le corps des femmes est un sujet politique.

A l’opposé, du 26 septembre 2026 au 14 février 2027, le Palais Galliera présente l’exposition "Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au 19e siècle", mettant en lumière un phénomène encore largement méconnu : l’appropriation, par les femmes du 19e siècle, des codes vestimentaires masculins de leur temps.

Le Musée d’Orsay, à Paris, entre autres, regorge de corsets au travers des peintures exposées. Toujours à Paris, le Musée de la Vie Romantique et le musée des Arts décoratifs valent le détour. De nombreux musées, qu’ils soient spécialiste mode ou pas, exposent, soit des corsets, soit des peintures avec des femmes corsetées.


Pour aller plus loin :

Le corset, raconté dans 12 corsets qui ont changé l'histoire, entre séduction et pouvoir, a façonné le destin de femmes célèbres, révélant intrigues politiques, et capable de bouleverser l’Histoire.

Dans Le corset, trois générations de femmes s’émancipent : Antoinette subit le corset oppressif, Rosa s’en défait pour conquérir son indépendance, tandis que la dernière rejette cet héritage, affirmant une liberté féminine totale.


Tableaux listés dans l'ordre d'apparition :

1 - Jeune femme ajustant son corset , 1893, Pierre Carrier-Belleuse (1851–1932), Coll. privée
2 - Devant le miroir, 1876, Édouard Manet (1832–1883), Solomon R. Guggenheim Museum, New-York
3 - La Galerie du HMS Calcutta (Portsmouth), 1876, James Tissot (1836–1902), Tate Britain, Londres
4 - Une soirée, 1878, Jean Béraud, Musée d’Orsay, Paris
5 - La Modiste Sur Les Champs Elysees, 1880, Jean Béraud (1849–1935), Coll. privée
6 - Nana, 1877, Édouard Manet (1832–1883), Hamburger Kunsthalle, Hambourg
7 - Fille de la ferme à ses toilettes laçant son corset, Eugène Lepoittevin (1806-1870), Bowes Museum, Barnard Castle


Vive le jean stretch !


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