Un profil haut en couleurs
Nous vous parlions il y a peu de Gauguin et de la communauté de peintres qui avait investi la petite ville de Pont Aven à la fin du 19e siècle, artistes épris de la lumière locale, des traditions et en quête d'une forme d'authenticité. Si les Bretonnes apparaissent dans bon nombre des œuvres produites à l'époque, le plus souvent en costume traditionnel, plus rares sont les portraits d'homme.

Il existe pourtant un étonnant profil d'adolescent breton, acquis récemment par le musée d'Orsay, que l'on doit au peintre irlandais Roderic O'Conor- peintre par ailleurs injustement méconnu.

O'Conor se rend pour la première fois à Pont-Aven en 1887, et il y retourne sans cesse entre 1892 er 1904. Peut-être perçoit-il les liens culturels et visuels entre son île britannique et la Bretagne? En tous cas, fort impressionné par Gauguin et par Van Gogh, il suit leurs traces et leurs coups de pinceaux, mais apporte aussi une touche toute personnelle à son travail.

Pour ce portrait intitulé tout simplement Garçon breton de profil (1893), il utilise une technique postimpressionniste à base de larges hachures colorées contrastées qui rappellent certains Van Gogh, mais il va très loin – plus loin peut-être - dans l'utilisation des couleurs.

L'expression un peu renfrognée du jeune garçon, tout en pudeur et en intériorité, contraste avec l'usage de ces couleurs vives pour modeler ses traits et faire apparaître des zones d'ombre et de lumière. Aucun mélange, aucune nuance ici, les couleurs sont appliquées telles quelles, côte-à-côte, et courent également sur l'arrière-plan, dans des tons plus sombres.

Le visage ressort donc de façon extraordinairement dynamique : les couleurs en grands aplats, parfois en relief tant la pâte est épaisse, donnent vie et chair à cet adolescent, et expriment peut-être le feu intérieur, le bouillonnement caractéristique de cet âge de la vie. 

Songeur, entre ombre et lumière, ce jeune paysan se tient sur le seuil de sa vie d'adulte, tout en gardant encore les joues et le nez retroussé d'un poupin. O'Conor ne cherche pas ici à réaliser un portrait "pittoresque", mais celui d'un archétype du jeune paysan, sur fond neutre. Et réussit à nous transmettre une image universelle de l'adolescence, entre tourments intérieurs et projection vers un avenir que l'on souhaite lumineux et coloré.   

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