Le syndrome de Stendhal, mythe ou réalité?
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Le grand écrivain romantique, visitant la ville de Florence, fleuron de la Renaissance italienne, écrivit en 1826 : 

"J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux-Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber." 

Ce sont ces mots de Stendhal qui capturent pour la première fois une forme de vertige bien particulier, celui que l'on ressentirait lorsqu'on est exposé à trop de beauté. A la fin des années 80, une psychiatre de l'hôpital de Florence, Graziella Magherini, publie un article qui fait état d'une centaine de cas de touristes reçus en urgence, qui déplorent des sensations désagréables et inattendues : attaques de panique, vertiges, tristesse, nostalgie du domicile… 

Ces symptômes surviennent en général en pleine visite au musée, quand le visiteur est saisi par l'émotion en admirant une fresque, un tableau, une sculpture dont la beauté et la perfection le touchent au cœur et à l'âme, jusqu'à le submerger. 

Il est cependant difficile de cautionner l'existence d'un tel syndrome, car sur les millions de touristes qui visitent Florence chaque année, seules quelques centaines d'individus ont consulté jusqu'alors. On peut même se demander si ces visiteurs connaissaient le syndrome en question –se sont-ils auto-conditionnés jusqu'à éprouver un sublime malaise esthétique?

Mais la vraie question derrière l'évocation de ce syndrome fort romantique, c'est plutôt de savoir si l'on peut faire des excès de beauté comme on ferait des excès de bon vin. A mon humble avis, il est effectivement peu avisé de visiter trop de musées d'un coup, ou de rester trop longtemps au musée : on piétine, on se retrouve surstimulé par des formes, des couleurs, des propositions artistiques parfois déstabilisantes. Qui n'est jamais sorti du Louvre complètement rincé, pour avoir voulu en voir trop? Je me dis quelquefois que visiter un musée qui recèle beaucoup de portraits, par exemple, ou des sculptures réalistes, c'est un peu l'équivalent de rencontrer des dizaines de personnes en l'espace de 2 heures. C'est épuisant, pour peu que l'on soit un peu sensible! On cherche naturellement – c'est notre cerveau et notre biologie qui nous l'imposent - à déchiffrer les regards, les attitudes… Si les visiteurs autour vous semblent calmes et passifs, dites-vous qu'eux aussi vivent probablement un tourbillon émotionnel – qu'il soit positif ou non.

De façon plus terre-à-terre, c'est important de marquer des pauses, de s'hydrater, de prendre l'air : les visites, c'est vite fatigant! Il s'agit tout simplement de préserver son énergie pour bien profiter des œuvres et tenter de les apprécier. S'il y a un excès à surveiller, c'est peut-être l'excès de visites touristiques en un temps trop court. Le syndrome du super touriste, en quelque sorte. Mais il est vrai qu'à Florence, musée à ciel ouvert, on n'a pas trop le choix : à chaque coin de rue, une sculpture, une fresque, une église magnifique nous apparaissent. Sans parler de la Galerie des Offices, ce couloir infini dans lequel les chefs-d'oeuvres se succèdent.

Stendhal, en fin de compte, a su qualifier cette soif de beauté qui transporte les plus romantiques ou les plus utopistes d'entre nous, et qui semble n'être jamais vraiment étanchée. Car lorsqu'on sort du musée, il faut revenir à la réalité…  
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