Ah ! Que d'eau ! Que d'eau !
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Selon la tradition parisienne, lorsque "le zouave du Pont de l’Alma a les pieds dans l'eau", c’est que Madame Seine est en crue. Quand, dans les salons parisiens, on parle inondations, on se rappelle de celle de 1910. Il faut dire que ses méfaits sont nombreux : épaules du Zouave dans l’eau, quartiers entiers submergés, métro inondé, et circulation en barques. De nombreuses photos et cartes postales en sont l’illustration.

En revanche, dans les salons où l’on cause peinture, si on parle inondations parisiennes, c’est le peintre anglais Alfred Sisley (1839-1899) qui déboule (en canot) sur le podium. L’inondation de 1876 est la 3e plus forte crue de la Seine à Paris au 19e siècle. Les mois de février et mars 1876 connaissent une succession exceptionnelle de pluies continues. Résultat : pratiquement tous les cours d’eau sortent de leur lit, notamment dans les bassins de la Seine, de la Loire et du Rhône. Les villes de Paris et Rouen sont particulièrement touchées.

Alfred Sisley est le fils d’une famille britannique aisée, installée en France. Ses parents, afin qu’il reprenne les affaires familiales, l’envoient à Londres en 1857. Il y découvre Turner et Constable. De retour en France, il intègre en 1862 l’atelier de Charles Gleyre, enseignant de l'École des Beaux-Arts de Paris, formant avec Monet, Renoir et Bazille le noyau du futur impressionnisme.

Entre temps, il contracte une union désapprouvée par ses parents, et lui naissent deux enfants. À la fin des années 1860, il s'installe avec sa famille dans les Yvelines : d’abord Bougival, puis Louveciennes, et enfin Marly-le-Roi où il habite jusqu'à la fin de l’hiver 1877-1878. A partir de cette époque, paysagiste pur, sa palette s’éclaircit tandis qu’il peint les bords de Seine et leur lumière changeante. 

C’est là qu’il peint une série de tableaux sur les crues de la Seine à Port-Marly. Plusieurs variations sur un même événement, plusieurs manières de raconter la rencontre entre l’eau, la ville et la lumière. Voici trois de ces œuvres ayant trouvé refuge dans de grands musées.

Un ciel qui semble hésiter entre pluie et éclaircie. Dans "La Barque pendant l'inondation, Port-Marly", visible au Musée d’Orsay, à Paris, Sisley peint une grande nappe liquide aux reflets mouvants. Les rues sont noyées par l’eau. Les hommes ont disparu, sauf quelques silhouettes dans des barques minuscules. La boutique du marchand de vin, masse tranquille, est comme un véritable îlot au milieu des eaux. Tout a un air de fin du monde. 

Dans "L’Inondation à Port Marly", visible au Musée des Beaux-Arts de Rouen, la maison du marchand de vin réapparaît, Sisley la regardant de face. Se décalant légèrement, il modifie la perspective, et soudain la scène semble plus profonde, plus ouverte. L’eau s’étire jusqu’à l’horizon, comme une grande avenue liquide. Plus de silhouettes humaines, sauf quelques-unes montées dans des petites barques. L’eau a tout avalé. Tout a un air de fin du monde.

Beaucoup moins liquide, la toile "L’Inondation à Port Marly", visible au Musée Thyssen-Bornemisza, à Madrid. À droite, au-delà d'une double rangée d'arbres, on aperçoit la Seine. L'horizon est très bas, mettant en valeur un ciel bleu où se déplacent des nuages. Est-on en début d’inondation, avec l’eau commençant à inonder le trottoir et la rue ? Ou bien les eaux se retirent-elles sous un soleil qui réapparaît ?

Sisley séjourne longtemps dans la boucle de la Seine, y réalisant un grand nombre de tableaux. Jusqu'à la fin de sa vie, peindre des bords de rivière est un de ses sujets favoris. La mer est aussi présente dans quelques-unes de ses toiles, notamment quand, en juillet 1897, un séjour au Pays de Galles lui inspire des marines centrées sur la lumière, les falaises de Langland et les rochers.

Mais il n'est pas le seul à avoir peint des séries de tableaux autour de la Seine. Par exemple, la série des Matinées (17 tableaux) de Claude Monet, représente un bras de la Seine vu près de sa propriété à Giverny, comme "La seine à Giverny" datant de 1885, visible au Museum of Art, Rhode Island School of Design, aux Etats-Unis. Mais c'est une autre histoire...


Pour des visites de liquidités :  

L’abbaye de Flaran fait des vagues en proposant, jusqu’au 9 janvier 2028, son exposition "Histoires d'eaux". Une trentaine de toiles majeures du 17e au 21e siècle y dialoguent autour d’un motif inépuisable : l’eau, dormante ou furieuse, intime ou sublime.

Pour ceux qui préfèrent l’eau salée, ne manquez pas l’exposition "La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir", jusqu’au 2 août, au Musée de la Marine de Paris. Dans son prolongement, le musée accueille le 46e Salon de la Marine.

Jusqu’au 25 juillet, profitez de l’exposition (gratuite) "Voir la mer", au MAIF Social Club, à Paris, qui propose, en mêlant installations artistiques, une immersion dans la mer, la rencontre de ses habitants humains ou pas, et la découverte de ce qui la menace.

Ne manquez pas les divers centres de la mer et aquarium : Boulogne-sur-Mer, Brest, La Rochelle, Montpellier, Lyon, Le Croisic, Saint-Malo, Paris...

Berceau de l’Impressionnisme, la Normandie a déjà accueilli quatre éditions du festival "Normandie Impressionniste" (cette année jusqu’au 27 septembre) : Rouen et la vallée de Seine sont fortes de leurs passés communs avec les maîtres comme Claude Monet, Camille Pissarro ou Alfred Sisley…

Et toujours beaucoup d’eau, surtout de la pluie, dans l’exposition "Sous la pluie, peindre, vivre et rêver", au Musée des Beaux-Arts de Rouen, jusqu’au 20 septembre.


Et dans son canapé :

Le catalogue de l’exposition La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir retrace, de Claude Le Lorrain à Marin-Marie, de Manet à Signac, quatre siècles de création consacrée au monde naval et invite à redécouvrir la mer comme un territoire majeur de l’histoire de l’art.

Pour les amoureux des œuvres d’Alfred Sisley, une collection de monographies à un coût très raisonnable, remplies de jolies reproductions. Pas de quoi se priver !

Ah, Tempêtes et Naufrages ! La mer, par sa démesure et ses mystères, a fasciné les peintres, écrivains, musiciens et poètes qui ont investi ce décor. Du foudroyant au grandiose, de l'effroi au sublime, le spectacle est terrible et délicieux pour les artistes.

Les premières gouttes de pluie datent de près de 3 milliards d’années. La pluie, qui a l’air monotone, est pleine de surprises, comme ce livre Histoire de la pluie en quarante épisodes où nous apprenons la grande et la petite histoire de ce phénomène physique qui a un petit… grain. Quarante épisodes, soit bien sûr le nombre de jours du Déluge...


Retour en 1996, dans La Gadoue, chanson reprise par Jane Birkin et les Négresses Vertes, la gadoue étant un élément dans lequel, au vu des toiles qu’il a réalisées, ce cher Sisley devait beaucoup aimer planter son chevalet ! 


Bon pataugeage !


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