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Jorge Láscar from Melbourne, Australia - The Great Sphinx of Giza
Le
29 juillet 2026,
Vous
l'avez remarqué sans oser le dire : dans les salles d'égyptologie, un pharaon
sur deux a le nez en moins.
À croire qu'il exista, jadis, une profession secrète de casseur de nez. La version rassurante accuse le temps, l'érosion et les déménageurs maladroits. La vraie est plus troublante.
Prenez le Sphinx de Gizeh. Non, ce ne sont pas les canons de Napoléon : l'explorateur danois Frederic Louis Norden l'avait déjà dessiné camus en 1737, soit trente ans avant l'arrivée des Français. Le coupable présumé serait un dévot qui, vers 1378, s'indigna qu'on fasse des offrandes au monstre. Bref, on lui a cassé le nez. Exprès.
C'est la thèse d'Edward Bleiberg, conservateur au Brooklyn Museum et auteur de « Striking Power » (2019). Pour les Égyptiens, une statue n'était pas une image mais un logement : l'esprit d'un dieu ou d'un défunt pouvait l'habiter. Or une statue habitée respire — par le nez, forcément. « Le moyen le plus simple de tuer l'esprit qui l'habite, c'est de l'étouffer en lui ôtant le nez », résume-t-il. Casser un nez, ce n'était donc pas vandaliser : c'était assassiner.
La preuve que rien n'est laissé au hasard ? On a martelé des nez jusque sur des bas-reliefs plats, où rien ne dépasse. Viser aussi juste réclame un burin bien tenu et une intention très nette.
Le nez n'est d'ailleurs que la version douce. Mutiler une image servait aussi à effacer quelqu'un de l'Histoire : on martelait alors le visage entier et l'on grattait le nom. La reine-pharaon Hatchepsout et l'« hérétique » Akhenaton en ont fait les frais, biffés par leurs successeurs. Les Romains reprendront le procédé sous un nom savant, la damnatio memoriae — comme quoi l'on n'a jamais eu besoin de Photoshop pour faire disparaître un gêneur.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un pharaon camus, ne le plaignez pas. Ce nez manquant n'est pas une avarie : c'est un compliment un peu brutal. On ne prend la peine de « tuer » que les images auxquelles, quelque part, on croit encore.
À croire qu'il exista, jadis, une profession secrète de casseur de nez. La version rassurante accuse le temps, l'érosion et les déménageurs maladroits. La vraie est plus troublante.
Prenez le Sphinx de Gizeh. Non, ce ne sont pas les canons de Napoléon : l'explorateur danois Frederic Louis Norden l'avait déjà dessiné camus en 1737, soit trente ans avant l'arrivée des Français. Le coupable présumé serait un dévot qui, vers 1378, s'indigna qu'on fasse des offrandes au monstre. Bref, on lui a cassé le nez. Exprès.
C'est la thèse d'Edward Bleiberg, conservateur au Brooklyn Museum et auteur de « Striking Power » (2019). Pour les Égyptiens, une statue n'était pas une image mais un logement : l'esprit d'un dieu ou d'un défunt pouvait l'habiter. Or une statue habitée respire — par le nez, forcément. « Le moyen le plus simple de tuer l'esprit qui l'habite, c'est de l'étouffer en lui ôtant le nez », résume-t-il. Casser un nez, ce n'était donc pas vandaliser : c'était assassiner.
La preuve que rien n'est laissé au hasard ? On a martelé des nez jusque sur des bas-reliefs plats, où rien ne dépasse. Viser aussi juste réclame un burin bien tenu et une intention très nette.
Le nez n'est d'ailleurs que la version douce. Mutiler une image servait aussi à effacer quelqu'un de l'Histoire : on martelait alors le visage entier et l'on grattait le nom. La reine-pharaon Hatchepsout et l'« hérétique » Akhenaton en ont fait les frais, biffés par leurs successeurs. Les Romains reprendront le procédé sous un nom savant, la damnatio memoriae — comme quoi l'on n'a jamais eu besoin de Photoshop pour faire disparaître un gêneur.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un pharaon camus, ne le plaignez pas. Ce nez manquant n'est pas une avarie : c'est un compliment un peu brutal. On ne prend la peine de « tuer » que les images auxquelles, quelque part, on croit encore.