A Chartres, un dédale mystérieux
Lorsque le visiteur entre dans la cathédrale de Chartres, joyau de l'âge gothique connu entre autres pour ses vitraux, sa relique du voile de la Vierge et son tour de chœur sculpté, il ne se doute pas forcément qu'il marche sur un pavage hors du commun. Un pavage qui, vu de haut, et quand les chaises pour les fidèles n'y sont pas disposées, permet de découvrir un immense labyrinthe en noir et blanc, aux formes élégantes et régulières.

Superbement préservé, il est en place depuis 1200. Avec ses 12,88 m de diamètre c'est le plus grand jamais construit dans une église. Il est parcouru d'un seul chemin qui serpente sur 261,55 m, de l'extérieur vers l'intérieur. Ce dédale en rappelle un autre : celui qui renfermait le Minotaure, monstre de la mythologie grecque vaincu par Thésée qui parvint à se guider dans le labyrinthe grâce au fil d'Ariane.

Ici aussi, il revêt un sens tout symbolique, mélange de rites païens et de mysticisme chrétien :  il s'agit d'un parcours méditatif, une sorte de mini  pèlerinage que le croyant emprunte comme un chemin de vie, au cours duquel il rencontre des carrefours, des obstacles, des hésitations. Il marque le passage de la mort à la vie éternelle, de l'ignorance à la connaissance. La forme du labyrinthe, qui s'inscrit dans un cercle, évoque  la rosace du portail royal. Et s'i l'on projette virtuellement les vitraux de la rosace sur le pavement, le Christ en majesté se retrouve au centre du labyrinthe – ce qui n'est évidemment pas un hasard.

Il faut savoir qu'au Moyen Age, toutes les cathédrales renfermaient ce genre de labyrinthe, mais seul celui de Chartres nous est parvenu, et il est en parfait état de conservation. Croyants ou non, il est difficile de ne pas se laisser toucher par la force de sa symbolique, surtout lorsqu'on imagine toutes les générations qui, depuis le 13e siècle, ont parcouru ce même chemin, les yeux rivés sur le parcours, à la fois recueillis et connectés ce qui les dépasse.

Sonia Zannad


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