Visages Villages, ou quand l’art part en voyage
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Visages villages est tout à la fois un film, une déambulation et un un making-of, qui rassemble à l’écran le street artist JR, hipster trentenaire connu dans le monde entier pour ses collages géants de photos en noir et blanc et la grande dame du cinéma Agnès Varda, 88 printemps. Le duo semble à la fois évident (dans les années 70, Agnès Varda avait filmé les fresques murales de San Francisco dans son film Murs Murs) et totalement improbable.     

Sur le papier – et de papier, il sera beaucoup question au fil des happenings organisés par JR tout au long du film – l’idée est séduisante : deux artistes humanistes, un fossé générationnel, une bande-son composée par Mathieu Chédid… Mais en pratique, le film a bien du mal à décoller ; les dialogues sonnent faux car les protagonistes, que l’on voit souvent de dos, semblent avoir doublé leurs propres personnages a posteriori, ce qui induit une distance bizarre avec le spectateur et empêche souvent de croire à la sincérité des scènes qui lui sont montrées.  

Pourtant, Visages Villages est aussi un film rare, au sens où il nous permet d’observer le processus créatif, les différentes étapes de la création artistique, de la naissance d’une idée à la réalisation finale. Le film montre un art vivant, mouvant, un art qui inclut tout le monde. Et surtout, on comprend quel matériau est au cœur de l’œuvre (souvent éphémère) de JR : l’humain, le lien, les rencontres. Cette manie d’agrandir tous les portraits démontre au fond son désir d’être au plus proche de ses sujets, de les sublimer, de leur redonner la place centrale dans un monde qui a tendance à reléguer l’humain au second plan. L’agriculteur, le facteur, la femme du docker, la vieille dame qui ne voit plus clair, tous se confondent avec le paysage en version XXL, et tous témoignent de leur surprise et de leur ravissement en découvrant les œuvres en place. 

Comme le dit très justement l’un des employés de l’usine chimique où les comparses viennent photographier les équipes, « L’art c’est fait pour surprendre aussi ! ». Tous ces témoignages viennent enrichir la démarche, et l’on aurait aimé entendre davantage les « modèles » que les artistes, dont les échanges semblent assez artificiels.  

De ce film, mon image préférée restera celle du photographe Guy Bourdin, qu’Agnès Varda photographia adossé à une cabine de plage normande dans les années 50, et dont l’image sera collée par JR, en géant, et légèrement inclinée, sur un ancien bunker tombé de la falaise sur la plage, tout près de la cabine d’origine. Quelques heures plus tard, l’image sera effacée par la marée, mais il restera l’idée de cette mise an abîme magnifique, comme un dialogue ininterrompu entre les artistes à travers les âges. 
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