Freud, une exposition hors-normes
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C’est à la nuit tombée que j’arrive au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme pour suivre une visite guidée de l’exposition consacrée à l’inventeur de la psychanalyse. La nuit, cet espace où les rêves prennent leur revanche sur le jour, où l’inconscient reprend ses droits, quel meilleur timing pour un rendez-vous avec Sigmund Freud ?  

Nous sommes accueillis par Raphaëlle Laufer-Krygier, guide conférencière au musée depuis 15 ans, qui connaît son sujet sur le bout des doigts. Passionnante, elle nous permet d’approcher l’homme derrière la figure intimidante, de mieux comprendre sa sensibilité, sa personnalité, ses moteurs professionnels.  

Le parcours de l’exposition épouse un cheminement qui permet de saisir à la fois le contexte dans lequel la psychanalyse a vu le jour, et revient aussi sur le parcours de Freud, sa formation, sa culture juive, et la façon dont cela a nourri sa démarche intellectuelle – même s’il affirmait son athéisme. Plusieurs salles sont ainsi consacrées au parcours du scientifique, du chercheur en neurologie, qui s’intéressera de près aux méthodes d’hypnose de Charcot, grand découvreur de l’hystérie. Mais pour comprendre les maladies psychiques et accéder au subconscient, Freud choisit une autre voie, celle de la parole. En effet, sur le divan, le patient ne croise jamais le regard de son analyste, qui est placé derrière lui.  

La méthode psychanalytique inspira fortement les surréalistes – les écrivains en particulier, à commencer par André Breton – qui adoptaient des techniques issues des découvertes de Freud pour nourrir leur créativité : c’est la libre association d’idées, les cadavres exquis, les récits de rêves. Mais si bon nombre d’artistes ont connu une révélation en découvrant la pensée de Freud, lui ne se préoccupait guère des artistes de son temps.  L’image l’intéressait moins que le verbe, et c’est sur le récit, l’expression orale, qu’il s’est concentré sa vie durant. Il a cependant théorisé le rôle de l’art comme forme de sublimation de la libido, et écrivait ainsi : « C’est seulement dans l’art qu’il arrive qu’un homme consumé de désirs fasse quelque chose qui ressemble à leur satisfaction. »  

Pour autant, les amateurs d’art ne sont absolument pas en reste, puisque cette exposition permet d’admirer l’Origine du Monde de Courbet loin de la cohue du Musée d’Orsay, mais aussi des toiles d’Egon Schiele, de Magritte, des dessins de Dali ou de Max Ernst, un ready-made de Duchamp – entre autres prêts exceptionnels. Toutes ces œuvres viennent illustrer avec force les découvertes majeures de la psychanalyse, car les artistes ont eux aussi, par d’autres canaux, un accès privilégié à l’inconscient et au monde onirique. Elles se font aussi le reflet des progrès de la connaissance et de l’affirmation de l’individu dans la société au temps de Freud ; un individu pétri d’émotions et qui s’autorise à les extérioriser.  

En sortant du musée, persiste la sensation d’avoir rencontré un génie, et la conscience aigüe que son travail a infusé en profondeur toute la vie intellectuelle et artistique depuis le début du XXe siècle. Une influence qui perdure et un travail dont on n’aura sans doute jamais épuisé toutes les richesses. Bref, une visite à ne manquer sous aucun prétexte !

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