Le ciel de pluie rend mon cœur chagrin
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Paris, 1959. Le 21 décembre, le téléphone sonne chez Monique Serf. À l’époque, elle vit chichement de petits cachets. Ce message l’informe que son père est gravement malade et lui demande de venir à Nantes. La chanteuse s’y rend, voulant lui offrir son pardon, mais arrive trop tard : son père est déjà décédé. Elle va aux obsèques de ce grand absent, avec qui elle entretenait une relation complexe et douloureuse, et qu’elle n’avait pas revu depuis des années. Puis, vite, elle repart à Paris où elle débute l’écriture d’une nouvelle chanson.

Monique Serf grandit dans une famille modeste, d’origine juive. La petite fille, qui se rêve pianiste, use de la table de la cuisine comme d'un clavier imaginaire. Mais la réalité, c'est la guerre. La famille doit fuir et se cacher. Ce n'est pourtant pas ce qui traumatise la petite fille, qui, dès l’âge de dix ans et demi, subit les violences sexuelles incestueuses, et répétées, de son père...

Nantes, 1963. Il lui a fallu quatre ans pour achever l’écriture de sa chanson "Nantes". Barbara, de son nom de scène, y décrit sa sortie de la gare de Nantes, sous la pluie, puis son arrivée tardive, la rencontre avec quatre inconnus lui annonçant la mort de son père, et la douleur d’un adieu. Avec peu de mots, mais chaque phrase chargée d’une intensité rare, cette chanson renforce le caractère tragique de la mort de son père.

Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin

Dans ce texte très poignant, elle cite la "rue de la Grange-au-Loup", qui, en fait, n’existe pas. Devant les multiples demandes de ses fans, qui font le voyage à Nantes à la recherche de cette rue fictive, la municipalité décide en 1986 de créer une "rue de la Grange-au-Loup"...

Juin 1964. Les Beatles s’envolent de Hong Kong, direction Sydney en Australie. Impossible de dormir pendant le vol. La météo envoie des bulletins réguliers signalant du très mauvais temps, et, en effet, l’avion, dans la nuit, vole dans l’orage, au-dessus d’une mer déchaînée. Ce qui n’empêche pas une foule d'environ 5,000 personnes, trempées, criant, hurlant, de venir accueillir le groupe à l'aéroport de Sydney, où une énorme tempête fait rage. Les cieux déversent des trombes d’eau. Personne n’avait imaginé l’arrivée du groupe mythique sous la pluie !

Bien qu'il fasse froid et malgré la pluie abondante, les Beatles sont attendus par leurs fans, et défilent devant la foule à l'arrière d'un camion à toit ouvert. Ces derniers sont sous des parapluies et portent des capes bleues anti-pluies toutes neuves. A l’arrivée à l'hôtel, ils sont tous bleus car les capes ont déteint !
C’est John Lennon, lors de leur tournée mondiale de 1964, qui, à Amsterdam, remarque un badaud portant une cape bleue de postier néerlandais. Une commande est passée en toute hâte afin que, dès de leur escale à Hong Kong, ils puissent en avoir eux aussi et renforcer leur look.

Leur chanson "Rain", enregistrée en 1966, remonterait, selon John Lennon, à leur tournée en Australie en juin 1964 et à leur arrivée sous une pluie battante…

If the rain comes
They run and hide their heads
They might as well be dead
If the rain comes

Nantes 2026. Une pluie abondante se déverse sur le Musée des Beaux-Arts...  L’exposition "Sous la pluie - Peindre, vivre et rêver", y est visible jusqu’au 1er mars 2026, puis sera ensuite visible au Musée des Beaux-arts de Rouen du 11 avril au 20 septembre 2026.
Elle montre comment la pluie est devenue un motif artistique à part entière entre la fin du 18e siècle et le début du 20e. À travers près de 150 œuvres — peintures, photographies, films, installations — elle révèle comment cet élément insaisissable et mélancolique a fasciné les artistes et nourri leur sensibilité moderne.


A lire et écouter à l’abri de la pluie :

Le très beau catalogue de l’exposition Sous la pluie - Peindre, vivre et rêver : la pluie transforme le paysage, voile la lumière, brouille les limites de la terre et du ciel, recouvre toute surface, imprègne l’air et la terre. Quel magnifique défi que la pluie pour les artistes en quête de renouveau technique, artistique et esthétique ?

Dans les mémoires de Barbara, que la mort en 1997 ne lui laisse pas le temps d'achever, Il était un piano noir..., nous rencontrons une petite fille et son enfance vagabonde, sur fond d'Occupation. Puis la jeune fille qui, bravant la misère, poursuit obstinément son rêve : chanter, devant un piano noir, jusqu'aux premiers succès, aux tournées... Ce livre est aussi et avant tout l'autoportrait d'une femme rebelle, artiste, solitaire, et qui a retenu jusqu'au bout quelques aveux déchirants, livrés dans ces pages.

Toute la richesse du répertoire de Barbara en 50 titres incontournables. Ce coffret enchantera les amoureux de textes poignants.


I'm singing in the rain, just singin' in the rain !



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