« L’Alsace. Elle attend » de Jean-Jacques Henner : une image devenue symbole
En 1871, au lendemain de la défaite française face à la Prusse, le traité de Francfort entérine l’annexion de l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. Le choc est immense : pour beaucoup de Français, ces provinces deviennent des « terres perdues ». C’est dans ce contexte que Jean-Jacques Henner, artiste originaire du Haut-Rhin, peint "L’Alsace. Elle attend". Le tableau représente une jeune femme en coiffe noire traditionnelle, vêtue de noir, couleur du deuil. Le regard grave, elle incarne une Alsace personnifiée, silencieuse mais digne. Le titre, « Elle attend », suggère bien sûr l’espoir d’un retour à la France. Par sa sobriété et sa charge émotionnelle, l’œuvre dépasse le simple portrait : elle devient une allégorie patriotique. L’image connaît une popularité immédiate.

A l'origine, le tableau est destiné à être offert à Léon Gambetta qui s’était opposé à la signature d’un armistice lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et de la Guerre et qui avait agi, sans résultat, pour empêcher l'annexion. Gambetta fait graver par Léopold Flameng une reproduction du tableau dont la diffusion militante rencontre un grand succès auprès du public. Le 31 juillet 1871, dans un article du journal Le Siècle consacré à ce tableau, Jules-Antoine Castagnary raconte que Gambetta disait « C’est ma fiancée ! » en montrant le tableau aux amis qui lui rendaient visite.

Reproduite en gravures et diffusée largement, elle s’inscrit dans le courant revanchard de la Troisième République. Dans les écoles et les foyers, elle entretient la mémoire des provinces annexées. Son succès tient à sa force symbolique : plutôt que de représenter la guerre, Henner qui était très attaché à sa région d'origine choisit de montrer l’attente, la fidélité et la souffrance contenue sous les traits d'une jeune femme aux traits doux.
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