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Explications dans l'article
Le
17 février 2026,
La photographie peut raconter l’Histoire avec
autant de force qu’un texte ou un discours.
Tout au long de sa carrière, Henri Cartier-Bresson (1908-2004) se définit comme l'antithèse du photojournaliste traditionnel. Son collègue et cofondateur de Magnum Photos, Robert Capa, l'encourage à se rendre en Inde en 1948.
L'indépendance récente de l'Inde puis la partition (août 1947) entre Inde et Pakistan dégénèrent rapidement en émeutes faisant des milliers de morts. Gandhi, que Cartier-Bresson immortalise sur ses clichés, après avoir milité pour l'indépendance, proteste désormais pour la fin des violences entre communautés.
Cependant, avec son assassinat le 30 janvier 1948, Cartier-Bresson se retrouve témoin d'un événement historique majeur. Ses photographies offrent un témoignage visuel unique de l'événement et incarnent, peut-être involontairement, ce qui transforme un reportage photographique en une œuvre iconique.
Le cliché "Foules attendant le cortège funèbre de Ghandi", visible au Centre Pompidou, montre une foule dense, vue en plongée, massée le long du parcours du cortège funèbre de Gandhi. Les hommes et femmes, serrés les uns contre les autres, forment une marée humaine. La photographie illustre parfaitement la capacité de Cartier-Bresson à saisir l’instant décisif et réussir à capter l’attente de la foule, le silence, la tristesse collective, tout en respectant leur dignité.
Quelques années avant, en 1946, c’est la photographe américaine Margaret Bourke-White (1904-1971) qui, en Inde, a rendez-vous avec l’Histoire.
Savez-vous qu’un simple rouet a contribué à bouleverser le destin de cet immense pays ? Dès le début du 19e siècle, les Anglais, dans leur logique impériale, exploitent les ressources de l’Inde, dont le coton. Celui-ci est expédié quasi totalement vers les usines textiles en Angleterre, qui, ensuite, inonde l’Inde de ses tissus. Résultat : les artisans tisserands, qui font vivre des villages entiers, sont poussés à la misère. Cette politique a des conséquences sociales et économiques dramatiques. La colère gronde, mais comment s’opposer à une machine coloniale si puissante ?
C’est dans ce contexte que naît, au début du 20e siècle, un mouvement prônant la consommation de biens produits localement, et encourageant la population à boycotter les produits britanniques. Gandhi en fait une arme de résistance non-violente, accessible à tous.
Pour lui, le charkha — rouet en bois utilisable pour filer le coton brut — devient le cœur battant de la révolution pacifique. Il fait du filage une pratique quotidienne, invitant chaque membre du Congrès national indien à faire de même, à promouvoir le tissu local filé et tissé dans les villages, et à porter des vêtements faits main. Tout au long de sa vie, Gandhi se rend régulièrement dans les régions rurales indiennes pour y promouvoir le khadi (tissu filé à la main), encourager l’autonomie villageoise, et lutter contre les castes et l’intouchabilité. Ce charkha a été utilisé par lui et fait partie des objets conservés à l'ashram de Gandhi, à Ahmedabad, état du Gujarat, en Inde.
C’est là qu’entre en scène Margaret Bourke-White. Audacieuse et pionnière, elle voyage à travers le monde pour en saisir les grands bouleversements. Lorsqu’elle se rend en Inde, elle comprend que Gandhi est un leader différent des autres. Avant d’être autorisée à le photographier, elle doit apprendre à filer le coton elle-même !
L’image qu’elle capture, publiée dans Life magazine en 1946, montre Gandhi assis derrière son rouet, plongé dans une méditation silencieuse, concentré sur la fibre qu’il transforme en fil ou lisant. Ce cliché ne montre pas un chef en costume, ni un tribun éloquent, mais un homme simple, les pieds nus, engagé dans son travail quotidien. Le cliché fait le tour du monde, touchant autant les foules occidentales qu’indiennes. Après l’indépendance, le charkha continue d’inspirer, figurant sur le drapeau national indien et dans la culture populaire. Il revalorise le métier de filage, et les villages se redressent lentement.
Cette photographie de Gandhi avec son rouet, à la fois simple et profonde, rappelle l’importance des symboles dans les grands mouvements sociaux et le rôle du regard artistique dans la transmission de l’histoire.
Pour aller plus loin :
La photographie aura bientôt 200 ans. Nicéphore Niépce réalise la première photographie connue en 1827. À cette occasion, en 2026 et 2027, de multiples évènements sur la France entière mettront à l’honneur la création et le patrimoine photographique.
N’hésitez pas à aller à la Fondation Cartier-Bresson, à la Maison Européenne de la Photographie, au Musée Nicéphore Niépce ou au Centre d'Art du Jeu de Paume, ainsi que dans les multiples Musées et expositions Photos de France.
Se détendre :
1921, à Calcutta. Gandhi prône la désobéissance civile et des manifestants pacifiques mais déterminés envahissent les rues. Dans Avec la permission de Gandhi, Sam Wyndham lutte contre son addiction à l’opium tout en enquêtant sur des meurtres atroces. Il doit aussi préparer la visite du prince de Galles et faire face à la menace indépendantiste...
En prendre plein les yeux en lisant :
Photo Poche est une collection réunissant les grands noms de la photographie, dont Henri Cartier-Bresson. Alliant qualité documentaire et regard poétique, du Mexique à l'Inde de Gandhi, de l'Amérique à la Chine, en passant par la Russie, il a parcouru le monde, son Leica rivé à l'œil.
Depuis sa fondation en 1947, Magnum s’est imposé comme l’agence sachant saisir notre époque avec acuité. Magnum Magnum, ouvrage de référence, réunit plus de 550 images iconiques, pour une leçon de photographie par les plus grands maîtres de l’image.
En anglais, l’autobiographie de Margaret Bourke-White, raconte ses reportages sur l’industrie, les conflits mondiaux et des figures emblématiques comme Staline et Gandhi. Elle retrace aussi ses combats personnels, dont la maladie de Parkinson, illustrés par plus de 70 photos.
Bonnes expos photos !
Tout au long de sa carrière, Henri Cartier-Bresson (1908-2004) se définit comme l'antithèse du photojournaliste traditionnel. Son collègue et cofondateur de Magnum Photos, Robert Capa, l'encourage à se rendre en Inde en 1948.
L'indépendance récente de l'Inde puis la partition (août 1947) entre Inde et Pakistan dégénèrent rapidement en émeutes faisant des milliers de morts. Gandhi, que Cartier-Bresson immortalise sur ses clichés, après avoir milité pour l'indépendance, proteste désormais pour la fin des violences entre communautés.
Cependant, avec son assassinat le 30 janvier 1948, Cartier-Bresson se retrouve témoin d'un événement historique majeur. Ses photographies offrent un témoignage visuel unique de l'événement et incarnent, peut-être involontairement, ce qui transforme un reportage photographique en une œuvre iconique.
Le cliché "Foules attendant le cortège funèbre de Ghandi", visible au Centre Pompidou, montre une foule dense, vue en plongée, massée le long du parcours du cortège funèbre de Gandhi. Les hommes et femmes, serrés les uns contre les autres, forment une marée humaine. La photographie illustre parfaitement la capacité de Cartier-Bresson à saisir l’instant décisif et réussir à capter l’attente de la foule, le silence, la tristesse collective, tout en respectant leur dignité.
Quelques années avant, en 1946, c’est la photographe américaine Margaret Bourke-White (1904-1971) qui, en Inde, a rendez-vous avec l’Histoire.
Savez-vous qu’un simple rouet a contribué à bouleverser le destin de cet immense pays ? Dès le début du 19e siècle, les Anglais, dans leur logique impériale, exploitent les ressources de l’Inde, dont le coton. Celui-ci est expédié quasi totalement vers les usines textiles en Angleterre, qui, ensuite, inonde l’Inde de ses tissus. Résultat : les artisans tisserands, qui font vivre des villages entiers, sont poussés à la misère. Cette politique a des conséquences sociales et économiques dramatiques. La colère gronde, mais comment s’opposer à une machine coloniale si puissante ?
C’est dans ce contexte que naît, au début du 20e siècle, un mouvement prônant la consommation de biens produits localement, et encourageant la population à boycotter les produits britanniques. Gandhi en fait une arme de résistance non-violente, accessible à tous.
Pour lui, le charkha — rouet en bois utilisable pour filer le coton brut — devient le cœur battant de la révolution pacifique. Il fait du filage une pratique quotidienne, invitant chaque membre du Congrès national indien à faire de même, à promouvoir le tissu local filé et tissé dans les villages, et à porter des vêtements faits main. Tout au long de sa vie, Gandhi se rend régulièrement dans les régions rurales indiennes pour y promouvoir le khadi (tissu filé à la main), encourager l’autonomie villageoise, et lutter contre les castes et l’intouchabilité. Ce charkha a été utilisé par lui et fait partie des objets conservés à l'ashram de Gandhi, à Ahmedabad, état du Gujarat, en Inde.
C’est là qu’entre en scène Margaret Bourke-White. Audacieuse et pionnière, elle voyage à travers le monde pour en saisir les grands bouleversements. Lorsqu’elle se rend en Inde, elle comprend que Gandhi est un leader différent des autres. Avant d’être autorisée à le photographier, elle doit apprendre à filer le coton elle-même !
L’image qu’elle capture, publiée dans Life magazine en 1946, montre Gandhi assis derrière son rouet, plongé dans une méditation silencieuse, concentré sur la fibre qu’il transforme en fil ou lisant. Ce cliché ne montre pas un chef en costume, ni un tribun éloquent, mais un homme simple, les pieds nus, engagé dans son travail quotidien. Le cliché fait le tour du monde, touchant autant les foules occidentales qu’indiennes. Après l’indépendance, le charkha continue d’inspirer, figurant sur le drapeau national indien et dans la culture populaire. Il revalorise le métier de filage, et les villages se redressent lentement.
Cette photographie de Gandhi avec son rouet, à la fois simple et profonde, rappelle l’importance des symboles dans les grands mouvements sociaux et le rôle du regard artistique dans la transmission de l’histoire.
Pour aller plus loin :
La photographie aura bientôt 200 ans. Nicéphore Niépce réalise la première photographie connue en 1827. À cette occasion, en 2026 et 2027, de multiples évènements sur la France entière mettront à l’honneur la création et le patrimoine photographique.
N’hésitez pas à aller à la Fondation Cartier-Bresson, à la Maison Européenne de la Photographie, au Musée Nicéphore Niépce ou au Centre d'Art du Jeu de Paume, ainsi que dans les multiples Musées et expositions Photos de France.
Se détendre :
1921, à Calcutta. Gandhi prône la désobéissance civile et des manifestants pacifiques mais déterminés envahissent les rues. Dans Avec la permission de Gandhi, Sam Wyndham lutte contre son addiction à l’opium tout en enquêtant sur des meurtres atroces. Il doit aussi préparer la visite du prince de Galles et faire face à la menace indépendantiste...
En prendre plein les yeux en lisant :
Photo Poche est une collection réunissant les grands noms de la photographie, dont Henri Cartier-Bresson. Alliant qualité documentaire et regard poétique, du Mexique à l'Inde de Gandhi, de l'Amérique à la Chine, en passant par la Russie, il a parcouru le monde, son Leica rivé à l'œil.
Depuis sa fondation en 1947, Magnum s’est imposé comme l’agence sachant saisir notre époque avec acuité. Magnum Magnum, ouvrage de référence, réunit plus de 550 images iconiques, pour une leçon de photographie par les plus grands maîtres de l’image.
En anglais, l’autobiographie de Margaret Bourke-White, raconte ses reportages sur l’industrie, les conflits mondiaux et des figures emblématiques comme Staline et Gandhi. Elle retrace aussi ses combats personnels, dont la maladie de Parkinson, illustrés par plus de 70 photos.
Bonnes expos photos !