Des p’tits points, des p’tits points, toujours des p’tits points….
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Il y a des thèmes récurrents dans l’art. La "Femme à la fenêtre" de Caspar David Friedrich est son épouse. Le ciel est bleu. La jeune femme admire une rangée d’arbres. Triste et rêveuse. Elle regarde un monde que nous ne pouvons qu’entrevoir et qui ne nous est pas accessible, nous spectateurs.   

La "Jeune fille à la fenêtre" est une œuvre de jeunesse de Salvator Dali. Réalisée dans un style réaliste, il représente la sœur du peintre regardant la mer par la fenêtre. Cette dernière sert de cadre au paysage que regarde la jeune fille. C’est un tableau dans un autre tableau, la mer devenant alors le vrai sujet du tableau. 

"Girl in Window" de Roy Lichtenstein, nous regarde, tout en gaité et en rire, semblant même nous appeler. Détourner des comics pour en faire des œuvres d'art, c'est LA marque de fabrique de Roy Lichtenstein. Il puise ses idées dans les nombreux comics qui paraissent chaque semaine aux Etats-Unis. Ce tableau est lui-même tiré de "Private Secretary" qui raconte les histoires sentimentales d'une jeune secrétaire. En privilégiant des visages remplissant tout l'espace, avec des histoires à l’eau de rose, il rend ses héroïnes anonymes et en fait des archétypes de la société américaine. Il montre une vision de la femme, faible et sentimentale, telle qu'elle est véhiculée dans la culture populaire et sexiste des années 60. 

Dans "Drowning Girl", la source du tableau est "Run for Love !", une histoire mélodramatique tirée du comics "Love Secrets". Dans l’illustration originale du comics, le petit ami de la jeune fille apparaît en arrière-plan, s’accrochant à un bateau chaviré. Cette jeune femme semble se noyer dans le flot de ses propres larmes. Elle appelle son ami à l’aide. Lichtenstein a recadré l’image, montrant la jeune fille seule, luttant pour ne pas se noyer, entourée d’une vague menaçante, qui n’est pas sans rappeler "La Grande Vague" (1833), une gravure sur bois du Japonais Katsushika Hokusaï.   

Pour ses œuvres, Lichtenstein s'est inspiré des lignes épaisses et de la palette de couleurs limitée des comics. Il a également imité les points "ben-day", technique utilisée à l'époque pour les comics : plutôt que d’imprimer de l’encre sur toute la page, par souci d’économie, on imprime des points. Les trames sont suffisamment fines pour que l’œil du lecteur ne perçoive qu’une teinte unie. Cette technique d'impression date de 1879. Pour Lichtenstein , les points "ben-day" sont une référence aux pointillistes du 19e siècle. 

A une époque où les femmes se battent pour l’égalité des droits, beaucoup d’œuvres de Lichtenstein illustrent des femmes angoissées, comme prises au piège de la société. En ce qui concerne "Crying Girl", le spectateur se demande – Que regarde-t-elle ? Pourquoi pleure-t-elle ? Sous le glamour d’une jeune fille américaine des années 1960, Lichtenstein a su faire jaillir une vraie émotion.   

Mais, hors des cases des comics, où sont les femmes dans le Pop Art ? Longtemps délaissées, les femmes créatrices de pop art, renommées "Amazones" pour l'occasion, sont à l'honneur au Mamac de Nice qui réunit près de quarante femmes artistes. C'est la première fois qu'elles ont droit à une exposition d'une telle ampleur. 


Tableaux affichés : 
 - Girl in window, Roy Lichtenstein, 1963, visible au Whitney Museum of American Art, USA 
 - Femme à la fenêtre, Caspar David Friedrich, 1822, visible au Alte Nationalgalerie, Allemagne
 - Jeune fille à la fenêtre, Salvador Dali, 1925, visible au Musée Reina Sofía, Espagne 
 - Etude d’une femme qui pleure, Rembrandt, 1644, visible à The Detroit Institute of Arts, USA 
 - Crying girl, Roy Lichtenstein, 1964, visible au Milwaukee Art Museum, USA 
 - Drowning Girl, Roy Lichtenstein, 1963, visible au Museum of Modern Art, USA 



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