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Explications dans l'article
Le
14 avril 2026,
L’enluminure latine
est, en Europe occidentale, l’un des arts les plus emblématiques du Moyen Âge.
Souvent associée aux manuscrits religieux, elle désigne l’ensemble des
décorations peintes ou dorées ornant les pages des livres.
Quand on évoque l’enluminure médiévale, on imagine souvent des moines copistes penchés en silence sur leurs pupitres, dans la pénombre d’un scriptorium. Qui ne se souvient pas du film "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986 ? Pourtant, cette vision est incomplète. Des femmes, religieuses ou laïques, ont aussi joué un rôle dans la production et l’enluminure des manuscrits.
Ces travailleurs et travailleuses de l'ombre, pense-t-on, sont humbles, sans coquetterie, faisant passer les livres et manuscrits avant leur propre existence, pour accepter de retomber dans l’oubli. Pas tant que ça !
Ce sont des humains avant tout et, comme nous tous, ils ont besoin d'un minimum de reconnaissance. Ayant conscience de leur valeur d'artistes, il n'est pas rare qu’au détour d'une enluminure, ils laissent une "marque de fabrique" les identifiant, par exemple leur nom, ou en se représentant eux‑mêmes, avec plus ou moins de discrétion, à un endroit particulier du manuscrit. Ces autoportraits, quand ils sont féminins, sont considérés comme les plus anciens autoportraits réalisés par une femme dans l'histoire de l'art occidental.
C’est le cas de l’enlumineuse Guda, religieuse allemande du 12ᵉ siècle. Dans un homéliaire — recueil de textes pour la prédication religieuse — de Saint‑Barthélemy, datant du milieu du 12ᵉ siècle, elle se représente dans une lettrine historiée, au centre d’un D, la main tendue, accompagnée de l’inscription : "Guda, peccatrix mulier, scripsit et pinxit hunc librum", ce qui signifie "Guda, pécheresse, a écrit et enluminé ce livre".
Outre son autoportrait, l’ouvrage contient sept lettrines qu’elle a également réalisées, témoignant de son rôle affirmé dans la production manuscrite médiévale. Il est visible à la Bibliothèque de l’Université Goethe de Francfort, en Allemagne.
Claricia est une enlumineuse allemande ayant vécu au 13e siècle. Un autoportrait présumé d’elle apparaît dans un psautier latin daté entre 1175 et 1250, aujourd’hui conservé au Walters Art Museum de Baltimore, aux Etats-Unis. Elle y est figurée sous la forme de la queue de l’initiale ornée Q ouvrant le psaume "Quid gloriaris in malicia qui potens es in iniquitate" (Ps. 52:3) : ses mains soutiennent l’œil de la lettre, tandis que son nom encadre son visage. Sa tête découverte, sa coiffure et ses vêtements ne correspondent pas à ceux d’une religieuse, ce qui ne suggère pas un statut monastique.
Leur démarche peut être jugée prétentieuse, mais elle l'est bien moins que celle d'un certain Eadwin, moine copiste de Canterbury du 12e siècle !
Celui-ci réalise son portrait sur une pleine page du psautier d'Utrecht, visible au Trinity College, à Cambridge, en l'affublant de la mention : "Je suis le chef des scribes, et ni ma louange ni ma renommée ne mourront ; proclame, ô ma lettre, qui je suis. Par sa renommée, ton écriture te proclame, Eadwine, que le personnage peint représente, vivant à travers les âges, dont le génie est démontré par la beauté de ce livre. Reçois, ô Dieu, le livre et son donateur comme un présent agréable."
Humbles, messieurs les copistes ?
Quelques visites :
Jusqu’au 19 juillet 2026, le Petit Palais, à Paris, présente une exposition inédite "Visages d’artistes - De Gustave Courbet à Annette Messager" consacrée au portrait et à l’autoportrait d’artiste, un thème central de ses collections et un axe majeur de sa politique d’acquisition depuis sa création au début du 20e siècle.
Le Musée de Cluny, musée national du Moyen-Age, possède une belle collection d’enluminures, ainsi que les musées de la Bibliothèque nationale de France et du Louvre. De nombreux musées d’art ou d’histoire, en France, possédant des collections datant du Moyen-Age, ont des enluminures.
Pour enlumineurs en herbe :
Erudit mais d'une lecture agréable, riche d'histoire, l'ouvrage Manuscrits enluminés et leurs créateurs, à partir d'oeuvres exceptionnelles, retrace l'étonnante histoire des manuscrits enluminés et de leurs créateurs, tout en posant sur eux un regard entièrement nouveau.
Le livre des heures de Anne Delaflotte-Mehdevi nous conte l’histoire de Marguerite, qui, fascinée par l’enluminure dans l’atelier familial du pont Notre‑Dame, rêve de devenir artiste. Talentueuse et déterminée, elle s’impose dans un métier d’hommes, mais au Moyen Âge, pour une femme, suivre sa vocation reste un combat.
L’ouvrage Lettres enluminées - Carnet pratique de calligraphie ornementale propose une méthode d’apprentissage de l’enluminure à travers la réalisation de lettres ornementées.
Enluminez, enluminez !
Quand on évoque l’enluminure médiévale, on imagine souvent des moines copistes penchés en silence sur leurs pupitres, dans la pénombre d’un scriptorium. Qui ne se souvient pas du film "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986 ? Pourtant, cette vision est incomplète. Des femmes, religieuses ou laïques, ont aussi joué un rôle dans la production et l’enluminure des manuscrits.
Ces travailleurs et travailleuses de l'ombre, pense-t-on, sont humbles, sans coquetterie, faisant passer les livres et manuscrits avant leur propre existence, pour accepter de retomber dans l’oubli. Pas tant que ça !
Ce sont des humains avant tout et, comme nous tous, ils ont besoin d'un minimum de reconnaissance. Ayant conscience de leur valeur d'artistes, il n'est pas rare qu’au détour d'une enluminure, ils laissent une "marque de fabrique" les identifiant, par exemple leur nom, ou en se représentant eux‑mêmes, avec plus ou moins de discrétion, à un endroit particulier du manuscrit. Ces autoportraits, quand ils sont féminins, sont considérés comme les plus anciens autoportraits réalisés par une femme dans l'histoire de l'art occidental.
C’est le cas de l’enlumineuse Guda, religieuse allemande du 12ᵉ siècle. Dans un homéliaire — recueil de textes pour la prédication religieuse — de Saint‑Barthélemy, datant du milieu du 12ᵉ siècle, elle se représente dans une lettrine historiée, au centre d’un D, la main tendue, accompagnée de l’inscription : "Guda, peccatrix mulier, scripsit et pinxit hunc librum", ce qui signifie "Guda, pécheresse, a écrit et enluminé ce livre".
Outre son autoportrait, l’ouvrage contient sept lettrines qu’elle a également réalisées, témoignant de son rôle affirmé dans la production manuscrite médiévale. Il est visible à la Bibliothèque de l’Université Goethe de Francfort, en Allemagne.
Claricia est une enlumineuse allemande ayant vécu au 13e siècle. Un autoportrait présumé d’elle apparaît dans un psautier latin daté entre 1175 et 1250, aujourd’hui conservé au Walters Art Museum de Baltimore, aux Etats-Unis. Elle y est figurée sous la forme de la queue de l’initiale ornée Q ouvrant le psaume "Quid gloriaris in malicia qui potens es in iniquitate" (Ps. 52:3) : ses mains soutiennent l’œil de la lettre, tandis que son nom encadre son visage. Sa tête découverte, sa coiffure et ses vêtements ne correspondent pas à ceux d’une religieuse, ce qui ne suggère pas un statut monastique.
Leur démarche peut être jugée prétentieuse, mais elle l'est bien moins que celle d'un certain Eadwin, moine copiste de Canterbury du 12e siècle !
Celui-ci réalise son portrait sur une pleine page du psautier d'Utrecht, visible au Trinity College, à Cambridge, en l'affublant de la mention : "Je suis le chef des scribes, et ni ma louange ni ma renommée ne mourront ; proclame, ô ma lettre, qui je suis. Par sa renommée, ton écriture te proclame, Eadwine, que le personnage peint représente, vivant à travers les âges, dont le génie est démontré par la beauté de ce livre. Reçois, ô Dieu, le livre et son donateur comme un présent agréable."
Humbles, messieurs les copistes ?
Quelques visites :
Jusqu’au 19 juillet 2026, le Petit Palais, à Paris, présente une exposition inédite "Visages d’artistes - De Gustave Courbet à Annette Messager" consacrée au portrait et à l’autoportrait d’artiste, un thème central de ses collections et un axe majeur de sa politique d’acquisition depuis sa création au début du 20e siècle.
Le Musée de Cluny, musée national du Moyen-Age, possède une belle collection d’enluminures, ainsi que les musées de la Bibliothèque nationale de France et du Louvre. De nombreux musées d’art ou d’histoire, en France, possédant des collections datant du Moyen-Age, ont des enluminures.
Pour enlumineurs en herbe :
Erudit mais d'une lecture agréable, riche d'histoire, l'ouvrage Manuscrits enluminés et leurs créateurs, à partir d'oeuvres exceptionnelles, retrace l'étonnante histoire des manuscrits enluminés et de leurs créateurs, tout en posant sur eux un regard entièrement nouveau.
Le livre des heures de Anne Delaflotte-Mehdevi nous conte l’histoire de Marguerite, qui, fascinée par l’enluminure dans l’atelier familial du pont Notre‑Dame, rêve de devenir artiste. Talentueuse et déterminée, elle s’impose dans un métier d’hommes, mais au Moyen Âge, pour une femme, suivre sa vocation reste un combat.
L’ouvrage Lettres enluminées - Carnet pratique de calligraphie ornementale propose une méthode d’apprentissage de l’enluminure à travers la réalisation de lettres ornementées.
Enluminez, enluminez !