Les tableaux dans le tableau : Le prêteur et sa femme
Une scène de genre classique
Penchons-nous aujourd'hui sur un tableau très classique, une des stars du musée du Louvre : Le Prêteur et sa femme, de Quentin Metsys (1514). Le contexte, d'abord : Metsys est un peintre flamand, qui vit à une époque où les Flandres sont une région particulièrement prospère en Europe. Représenter un Prêteur (ou un changeur, ou encore un banquier selon les interprétations) semble donc tout à fait logique. Dans son échoppe, accompagné de sa femme, on le voit peser les écus, les perles et les bagues à l'aide d'une petite balance, que l'on nomme aussi trébuchet. C'est d'ailleurs de là que vient l'expression : "payer en espèces sonnantes et trébuchantes".

Une scène moralisatrice
Mais à travers la symétrie des personnages, Metsys cherche à faire passer un message, au-delà de la simple scène de genre. La femme du prêteur est en train de feuilleter un précieux livre d'heures enluminé (le livre d'heures est un ouvrage catholique contenant les prières de chaque jour de l'année et de chaque moment de la journée). Le côté profane transparaît à travers le personnage du prêteur, contrebalancé par le sacré, à travers le personnage de sa femme. Mais on ne saurait dire si elle tourne les pages du livre à l'endroit ou à l'envers, car elle est fort distraite par l'activité de son époux. Son regard se laisse attirer par les pièces brillantes, et son esprit s'éloigne de la prière.  Le peintre nous délivre ici un message moralisateur.

Tout est dans les détails
Lorsqu'on regarde un peu plus longuement la scène, les détails apportent des compléments de sens : la balance peut être interprétée comme un symbole du jugement dernier, tandis que la bougie éteinte en haut à droite, presque cachée, correspond à un symbole que l'on retrouve dans les vanités : la vie est courte, et mieux vaut s'assurer une place au paradis que d'être trop près de ses sous.
Mais surtout, à y regarder de plus près, certains "tableaux dans le tableaux" se dévoilent : regardez tout à fait à droite, dans l'embrasure de la porte, deux personnages mystérieux en pleine discussion… s'agit-il de voleurs qui préparent un mauvais coup? Ou encore dans le livre d'heures : la précision avec laquelle cette Vierge à l'enfant est reproduite, en miniature et à l'envers, donne le tournis. Les coloris de ses vêtements répondent d'ailleurs parfaitement à ceux de la femme. Enfin, et c'est sans doute le plus intéressant, il y a sur la table, au premier plan, un "œil de sorcière" ou un "miroir de banquier", ce miroir rond et convexe qui reflète toute la partie de la pièce qui n'est pas représentée sur le tableau – une sorte de caméra de surveillance avant l'heure.
On y aperçoit une grande fenêtre typique de la région, par laquelle on voit la flèche d'un beffroi qui pourrait être celui de la cathédrale d'Angers. Encore une référence au sacré. Les croisées de la fenêtre évoquent une croix : nouveau clin d'œil de Metsys qui nous renvoie à la religion. Enfin, il y a ce personnage, lui aussi plongé dans la lecture. Est-ce le peintre? Le client du banquier? Ou bien même une représentation du spectateur, autrement dit une sorte de miroir qui nous est tendu à travers les âges? Je vous laisse méditer là-dessus….  


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