J’ai vendu mon âme au diable
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La légende de Faust est un mythe allemand apparu à la Renaissance : un savant brillant, Johan Faust, mais insatisfait, se tourne vers le diable. Celui-ci lui promet une seconde vie, où il possédera toutes les connaissances, mais aussi accédera à tous les plaisirs. Après quoi il laissera son âme à la disposition du diable.

L’œuvre écrite la plus célèbre, inspirée de cette légende, est le Faust de Goethe. Ce sont deux pièces de théâtre écrites respectivement en 1808 et 1832, un des sommets de la littérature allemande. Le mythe inspire des œuvres musicales, dont celles de Charles Gounod en 1859, et de Hector Berlioz en 1846.

Mais l’esprit de Faust va resurgir bien loin de là, à une autre époque et sous une autre forme… musicale.

Robert Leroy Johnson est un guitariste et chanteur afro-américain, l'un des artistes les plus influents de l'histoire du blues. Né en 1911 dans le Mississippi, il mène une vie de vagabond musical, jouant dans les rues, les bals du samedi soir et les "juke joints" (débits de boissons illégaux et cabarets de blues, fréquentés par des afro-américains). Ses contemporains le décrivent comme un homme discret, indéchiffrable, voire insaisissable, mais capable de captiver instantanément un public.

Ce qui nourrit sa légende, c’est sa transformation soudaine. D’abord guitariste maladroit, il disparaît un temps, puis revient virtuose, avec une maîtrise stupéfiante et un style unique.

Sa légende est née : il a acquis son génie musical en concluant un pacte avec le diable. Inspirée du mythe de Faust, l’histoire raconte que, désireux de devenir un grand bluesman, il aurait apporté sa guitare à minuit à un carrefour. Un grand homme, identifié comme le diable, aurait accordé l’instrument, joué quelques morceaux, puis rendu la guitare à Johnson, lui en offrant une maîtrise extraordinaire en échange de son âme.

Cette légende est entretenue par les paroles de sa chanson "Cross Road Blues" ("le Blues des Carrefours" en français), sortie en 1937, où le narrateur fait de l'auto-stop à un carrefour alors que la nuit tombe.
Plus prosaïquement, Johnson y raconte la peur ressentie par les Noirs du Sud profond, au début du 20e siècle, à l'idée de se faire surprendre seuls la nuit. Les lynchages sont fréquents, et il chante le désespoir de ne pas trouver sa route alors que la nuit tombe. 

Johnson voyageant sans cesse, sa légende s’ajoute à sa vie errante, renforçant l’impression d’un homme à la frontière du réel. Après avoir enregistré seulement 29 chansons, en 1936 et 1937, il meurt le 16 août 1938, à 27 ans, dans des circonstances obscures : empoisonnement, syphilis, pneumonie ou combinaison de ces facteurs ?

Comme une malédiction touchant des artistes du rock et du blues, morts à l'âge de 27 ans, le mythe du "Club des 27" prend sa source dans les années 60, positionnant Robert Johnson chronologiquement en premier, la benjamine étant Amy Winehouse. La légende raconte ainsi que les membres de ce club auraient tous passé un pacte avec le diable : pendant quelques années, ils jouissent d’un talent immense, mais en échange, ils meurent jeunes, à l’âge de 27 ans.

Et derrière la légende de Robert Johnson ?

En 1931, il rencontre le guitariste de blues Son House qui se moque de son jeu. Peu de temps après, Robert est pris en main, pendant deux ans, par le bluesman Ike Zimmerman. Après des nuits et des nuits de pratique, il se sent prêt : Son House n'en croit pas ses oreilles. À une époque où le vaudou est très vivace, le constat de ces progrès stupéfiants est vite relié à un possible "pacte avec le diable", légende que l’artiste entretient...

Et celle du "Club des 27" ?

Dans les années 60, les morts de ces artistes géniaux sont brutales et inattendues, dues à la consommation excessives d'alcool ou de drogues, ou alors faisant suite à un suicide… rien de satanique dans tout ça.


Pour se balader :

Longtemps convoqué pour inspirer la crainte, le diable devient, jusqu’au 8 Novembre, au musée Thomas Henry (Cherbourg-en-Cotentin), le héros de l’exposition "L'Ange de la Révolte. Satan dans les arts du 19e siècle".

Du 12 décembre 2026 au 21 mars 2027, l’Hôtel Départemental des Expositions du Var présente à Draguignan l’exposition "Sorcelleries, entre symboles et sortilèges". Cette exploration inédite des imaginaires et pratiques liés aux sorcelleries à travers les siècles réunit près de 250 objets, oeuvres majeures et créations contemporaines.

Le Musée du Blues vous accueille à Châtres-sur-Cher (41). En déambulant dans une rue du Mississippi, avec des espaces dédiés à l’évolution du blues, et aux luttes des afro-américains, vous y découvrirez une présentation de son évolution et de ses grands créateurs. 

Les collections permanentes du Musée de la Musique de Paris (Philharmonie de Paris, 19e), propose toute l'année une collection permanente d'instruments de musique, incluant des guitares d'époque.


Et lire :

Le diable est bien plus qu’une créature rouge et noire dotée de cornes et d’une longue queue. Avec le livre Diable, ça, c'est de l'art - De l'Apocalypse à l'enfer de Dante, retrouvons-le sous le pinceau de Fra Angelico, Ensor, Memling, Klee, Bouguereau, Cézanne…

Le catalogue de l’exposition L'Ange de la Révolte. Satan dans les arts du 19e siècle révèle comment Satan devient, au 19e siècle, la projection de l’artiste moderne, en rébellion contre les normes et les dogmes de son temps.

Sous forme de livre illustré, Et le diable a surgi - La vraie vie de Robert Johnson, révèle enfin la vraie vie de Robert Johnson. Le mythe fondateur de son histoire est remis en question. Il aura fallu plus de 50 ans de travail aux auteurs pour le réaliser.

Mississipi, 1935. Edward Ray Cochran, dans la BD Le rêve de Meteor Slim, a tout largué et part sur les routes, guitare à la main pour réaliser son rêve : devenir musicien. En chemin, il rencontre Robert Johnson, la légende du Blues.


En écoutant :

La chanson "Cross Road Blues" est mythique. Lisez ses paroles (anglais et français) :

I went to the crossroads, fell down on my knees
Je suis allé au carrefour, je suis tombé sur mes jambes
I went to the crossroads, fell down on my knees
Je suis allé au carrefour, je suis tombé sur mes jambes
Asked the Lord above, have mercy now, save poor Bob if you please
J'ai demandé au Seigneur là haut, ayez pitié, sauvez ce pauvre Bob s'il vous plaît

Standin' at the crossroads, tried to flag a ride
Debout au carrefour, j'ai tenté de faire du stop
Whee-hee, I tried to flag a ride
Houuu-hou, j'ai tenté de faire du stop
Didn't nobody seem to know me, everybody pass me by
Personne semblait me connaître, tout le monde m'ignorait

Standin' at the crossroads, risin' sun goin' down
Debout au carrefour, le soleil levant va se coucher
Standin' at the crossroads baby, the risin' sun goin' down
Debout au carrefour, le soleil levant va se coucher
I believe to my soul now, po' Bob is sinkin' down
Je crois en mon âme à présent, ce pauv' Bob est en train de couler

You can run, you can run, tell my friend Willie Brown
Tu peux courir, tu peux courir, demander mon pote Willie Brown
You can run, you can run, tell my friend Willie Brown
Tu peux courir, tu peux courir, demander mon pote Willie Brown
That I got the crossroad blues this mornin', Lord, baby I'm sinkin' down
Que j'ai le blues du carrefour ce matin, Seigneur, bébé je suis en train de couler

I went to the crossroad, mama, I looked east and west
Je suis allé au carrefour, j'ai regardé à l'Est et à l'Ouest
I went to the crossroad, babe, I looked east and west
Je suis allé au carrefour, j'ai regardé à l'Est et à l'Ouest
Lord, I didn't have no sweet woman, ooh well, babe, in my distress
Seigneur, je n'ai pas de femme chérie, oh ouais, bébé, dans ma détresse



Vive les histoires sataniques !



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