Une créativité sans limites
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Depuis 1999, Karin Crona vit à Paris où elle développe de nombreux projets artistiques : photographie, dessin, gravure et même collages, sa curiosité et sa soif de créer semblent sans limites. Diplômée d’une école d’arts décoratifs, en Suède, d’où elle est originaire, Karin a travaillé comme graphiste et directrice artistique à Stockholm et à Paris. Elle a aussi fait une formation de photojournaliste à Paris. Elle a accepté de nous parler de ses projets en cours, et de nous livrer sa vision de l’art et de l’artiste en 2017.  

MSC : Karin, qu’est-ce qui vous a amenée à Paris ?


K C : En réalité j’ai toujours été attirée par cette ville. A 15 ans déjà, je disais qu’un jour je serais artiste et que je vivrais à Paris… Ce qui me plaît ici, c’est que la ville est cosmopolite, au cœur du monde. Il y a une envergure culturelle incroyable et puis je sens un esprit critique, les gens à Paris sont toujours en quête d’autre chose. Cela produit une énergie stimulante pour moi en tant qu’artiste.  

En suivant votre travail de loin en loin, je constate que vous avez une approche très
ouverte, très « partageuse » de vos pratiques artistiques, notamment sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram en particulier)

J’ai commencé avec un compte sur Flickr en 2007 et un peu plus tard j’ai créé un blog sur la photographie, Karin’s Kamera. Parallèlement j’ai fait plusieurs stages avec des grands photographes où j’ai eu le plaisir de rencontrer des gens du monde entier. J’ai voulu rester en contact et Facebook, et plus tard Instagram, s’y prêtaient bien. (Après, évidemment, Internet a ses limites, et je suis très attachée au concret : une oeuvre vue sur un écran, ça n’a pas grand chose à voir avec un tirage en papier, par exemple.) En tout cas, se sentir appartenir à un communauté donne des idées et de l’énergie! C’est vraiment une source de stimulation et d’encouragement pour moi et c’est une des raisons pour lesquelles je fais partie d’un collectif de photographes et que je suis membre de plusieurs associations.  

Vous avez d’ailleurs récemment lancé un projet collectif ?


Oui, je crois que nous vivons à une époque dans laquelle il faut insuffler du positif. J’ai donc demandé à 25 artistes des quatre coins du monde de m’envoyer une oeuvre qui me portera chance, en échange d’une de mes gravures, intitulé « Rescue ». C’est sur le principe des « ex voto ». L’objectif final c’est de créer un fanzine pour partager le projet et organiser une exposition. Le défi c’est le budget, il faut payer l’impression et trouver un espace. Comme beaucoup de créatifs j’alterne entre moments de liberté totale, propices à la créativité, et boulots plus « alimentaires » de graphisme et de photographie. Le résultat de ce double emploi c’est que les projets prennent du temps à se mettre en place concrètement.  

Votre curiosité se ressent aussi dans votre travail photographique sur l’errance, en
particulier dans les banlieues parisiennes. J’ai l’impression que vous n’arrêtez jamais de créer, de lancer de nouveaux projets?

Non, jamais. Mes anciens projets viennent nourrir et éclairer les nouveaux. Par exemple il y avait cette série d’autoportraits nus en noir et blanc que j’avais laissé dans un coin sans trop savoir qu’en faire. J’ai retrouvé de vieux magazines dans une brocante, et j’ai eu l’idée de créer des collages en combinant les photos et des découpages de ces magazines ; c’est ainsi qu’une nouvelle série, « Duckface », a vu le jour.  

Est-ce que vous pratiquez un art féministe ?


Je considère que mes autoportraits rejoignent une certaine tradition de l’art féministe. J’adore le travail de Claude Cahun, Valie Export et Cindy Sherman, entre autres. Une femme autant qu’un homme doit être libre de montrer son corps avec ou sans connotation érotique, comme elle l’entend, pour moi c’est presque une question politique. Je pense que la relation avec le corps ainsi que nos relations intimes sont souvent déterminées par notre enfance, une de mes thématiques principaux. J’expose actuellement aux Rencontres de la jeune photographie internationale, à Niort, quatre de mes séries, toutes liées à l’enfance et à l’imagination. Mes images sont très autobiographiques, tout simplement parce que je suis le sujet que je connais le mieux, mais j’espère parler à tous ceux qui s’intéressent à la vie et à l’introspection.  

Justement, pouvez-vous me parler des «
Maskopi » (« complicité » en suédois) ?

Oui, il s’agit d’une série de « masques » ou de portraits dessinés à partir d’œuvres du Louvre. Je repère des portraits au gré de mes déambulations dans le musée, je les prends en photo, puis je les dessine selon une interprétation toute personnelle, pas forcément fidèle.  

C’est un peu vertigineux : ces portraits sont déjà des interprétations d’artistes ; vous
interprétez l’interprétation !

Oui, il y a l’idée du dialogue entre artistes, à travers les âges. C’est mon interprétation à l’instant T, dans un style plutôt « BD », donc contemporain et accessible. J’ai aussi souvenir d’une exposition au musée Rodin, qui mettait en parallèle les photos de Mapplethorpe et les œuvres du sculpteur : ce genre de rapprochement à travers le temps entre deux univers artistiques rejoint un idéal personnel : accomplir un travail qui devient une partie d’un « tout », d’un ensemble plus vaste, en lien avec d’autres arts et d’autres artistes, contemporains ou non.  

Vous pratiquez aussi la gravure !


En effet, dans un atelier associatif aux Lilas. Cela représente pour moi un mode d’expression plus ouvert et plus libre que la photographie, peut-être parce que je connais moins les « codes ». En plus c’est très tactile et cela fait du bien de travailler avec ses mains !  

Avez-vous des « recettes » pour stimuler votre créativité ?


C’est important pour moi d’être en contact avec mon intuition. Je dirais donc qu’il est bon de trouver une certaine sérénité dans la vie quotidienne, qui permet de rester disponible à l’inspiration quand elle survient, et de se sentir le plus proche possible de ses émotions. C’est à la fois compliqué et très facile ! Pour quelqu’un qui voudrait se lancer dans la création artistique, je dirais que dans un premier temps il faut s’entraîner à faire, sans trop se poser de questions.  

Visitez le site de Karin Crona 



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