Sorolla, le peintre du bonheur retrouvé
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Son nom sonne déjà comme une promesse de soleil, de voyage et de lumière. Joaquin Sorolla, né à Valence en 1863, est l'un des plus grands peintres espagnols, au même titre que Goya ou Velasquez, mais en France, il reste encore largement méconnu. Son art de la lumière et de la couleur, la spontanéité qui émane des scènes qu'il immortalise, l'élan vital qu'il exprime dans chacune de ses oeuvres méritent pourtant que l'on s'y attarde. À Aix-en-Provence, l'hôtel de Caumont lui consacre actuellement une très belle exposition. Retour sur les grandes caractéristiques de son art.  

Des influences multiples 

Dans ses œuvres de jeunesse, Sorolla se consacre à des portraits intimistes, dans lesquels il rend hommage aux grands maîtres, tel Velasquez, dont l'influence se fait sentir à la fois dans le choix des coloris et dans les compositions.

Sa femme Clotilde, rencontrée à l'âge de 17 ans, est aussi bien sa muse que sa secrétaire et celle qui l'encourage et organise ses expositions. Il lui rend hommage dans de nombreuses toiles, qui permettent de ressentir le lien profond qui lie les époux.

Ses autres modèles de prédilection, ce sont ses enfants : là aussi, la tendresse transparaît dans chaque toile. Ces portraits dénotent le souci de peindre "vrai",  et un jeu affirmé sur la complémentarité des couleurs et la subtilité des tons. Quand il se rend à Paris en 1885, Sorolla, découvre deux artistes français novateurs qui vont le marquer à jamais : Bastien-Lepage et Monet. Le premier, avec ses sujets naturalistes et sa conscience sociale aiguisée, lui inspirera bon nombre de scènes où l'on voit des travailleurs en action, en particulier des pêcheurs.

Pour Sorolla, il est indispensable de mettre à l'honneur ces héros du quotidien, de montrer leur savoir-faire et leur beauté, dans une veine naturaliste, réaliste, dans laquelle il excelle. Quant aux impressionnistes, fasciné par leur travail sur la lumière, il décide lui aussi de saisir les reflets colorés et changeants du ciel dans la mer, les jeux d'ombre et les mille et une nuances du blanc, couleur qui le fascine.

Les impressionnistes, Manet en tête, avaient en effet constaté que dans la nature, l'ombre n'était presque jamais brune, et encore moins noire. Il s'agit donc pour Sorolla d'explorer toutes les couleurs de l'ombre, quitte à en faire parfois le sujet principal de ses toiles. Cette palette ensoleillée se rattache à un courant impulsé, justement, par les impressionnistes : le luminisme - on désigne par ce terme l'intérêt presque exclusif pour les irradiations les plus claires de la lumière et la recherche d’effets picturaux capable de les restituer. De fait, chez Sorolla, il s'agit d'une véritable obsession. 

Scènes joyeuses 

A Biarritz et en Espagne, sur la côte méditerranéenne et dans le Golfe de Gascogne, le peintre retrouve ses émotions et ses sensations d'enfance. A Valence, il était lui-même ce petit garçon qui jouait dans les vagues, et ne faisait qu'un avec la nature.

 Il peint en extérieur, sur le motif : Sorolla se rend sur la plage, y plante son chevalet, et c'est ainsi, les pieds dans le sable, qu'il s'attache à peindre des scènes vibrantes de spontanéité : une mère qui tient un nourrisson dans se bras pour son premier bain de mer ; des enfants qui nagent, nus, dans une eau vert émeraude, ou encore qui courent sur la plage en riant aux éclats. Tout est prétexte à travailler la couleur et les textures : les reflets des corps sur le sable mouillé, la mer qui scintille, les nuages dans le ciel…

Sorolla peint l'insouciance de certains moments, celle que l'on recherche tous en vacances au bord de la mer : des instants intemporels et heureux. Cette peinture de la spontanéité pourrait paraître facile, tant ses sujets sont plaisants et nous semblent familiers. En réalité, pour parvenir à ses fins, Sorolla  multiplie les essais et les esquisses, et aussi ce qu'il nomme ses "notes de couleur", soit des ébauches en petit format sur carton qui lui permettent de "tester" la composition et les couleurs, afin de pouvoir, une fois prêt à exécuter son grand format, le faire aussi vite que possible.

Car c'est tout l'enjeu : "Il faut peindre vite, pour ne rien perdre de ce qu'il y a de fugace, qu'on ne retrouvera plus", disait-il. 

Capturer le moment  

Cette propension à capturer l'instant est également influencée par l'irruption de la photographie. Le beau-père du peintre était justement un photographe célèbre à Valence ; et Sorolla apprécie particulièrement les œuvres de Degas, dont les cadrages sont fortement influencés par la photo, discipline toute neuve, dont on craint à l'époque qu'elle ne vienne détrôner la peinture. Le côté fragmenté des scènes de Sorolla, leur cadre parfois audacieux viennent précisément de l'influence de la photographie. On pourrait même, en forçant le trait, voir dans ses toiles une sorte d'album Instagram de l'époque, avec des instantanés de vacances aux couleurs saturées! Il est certain, en tous cas, que Sorolla était précurseur dans sa façon de regarder et de sélectionner ses sujets, aussi bien que dans ses techniques picturales. 

"Atteindre la vérité sans dureté" 

Voilà le programme que s'était fixé Sorolla : "atteindre la vérité sans dureté". A travers ses peintures, en choisissant des scènes heureuses, il souhaitait communiquer de l'enthousiasme, de l'énergie, de l'espoir. Un élan vital qui continue d'irradier et nous permet de célébrer, aujourd'hui encore, en regardant ses tableaux, la communion avec la nature, de cultiver l'appétit de la vie et une certaine forme de sensualité qui sied si bien à l'été. 

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