Sophie Calle, artiste sauvage
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Sophie Calle collectionne les animaux naturalisés ; elle s’est fait connaître en s’exerçant au « pistage » d’anonymes croisés dans la rue. Elle a également endossé celui de la proie et confié à un détective privé le soin de suivre ses faits et gestes dans le cadre d'une performance, sans compter son intérêt toujours vif pour la "chasse à l'homme" que représente le monde de la séduction, par exemple par le biais des petites annonces ou des applications de rencontre en ligne, qu'elle analyse telle une entomologiste. Sa présence au Musée de la Chasse et de la Nature ne saurait donc nous étonner. 

Avec impertinence, elle s'est immiscée dans les collections, dans les moindres recoins des salles, s'est glissée dans la peau des bêtes, sous leurs plumes, mais aussi parmi les bibelots et sur les étagères de ce musée-bijou qui ne manque pas d'humour. C'est paradoxalement dans un lieu chargé d'âmes animales qu'elle nous révèle notre part d'humanité, se référant aux expériences universelles : désir, amour, perte, définition de l'identité. Depuis ses débuts, son matériau de prédilection, c'est tout simplement sa propre vie, les événements vécus qui lui permettent de construire un récit plus ou moins fantasque et de broder son oeuvre au fil des ans, si bien qu'il est désormais impossible de distinguer le personnage Sophie Calle de sa personne. Evidemment, il n'est pas rare que son expérience de vie soit quelque peu déformée par sa pratique artistique, qu'elle devienne une catharsis ou le prétexte à une expérience artistique. Mais qu'il soit question du fantôme d'un ours blanc, de son père disparu, de feu son chat, d'une collection d'animaux empaillés symbolisant ses amis ou d'une histoire de poissonnier, tout se tient, tout est poétique, tout est sincère, et souvent touchant.

Sophie Calle déploie son talent par la photo, l'installation, l'intrusion, et excelle aussi dans le récit d'histoires courtes - les siennes, souvent pleines d'autodérision, disposées ça et là dans le musée, imprimées et encadrées dans de petits cadres en plastique kitsch décorés d'animaux, et on se surprend très vite à jouer à les retrouver, exactement comme dans un jeu de piste. D'ailleurs, jouer, l'artiste ne semble faire que cela, jouer à se mettre en scène, jouer à l'artiste, jouer à déjouer nos attentes et jouer, surtout, à nous montrer qu'il ne faut pas prendre la vie trop au sérieux!

A voir aussi dans le cadre de l'exposition, les sculptures énigmatiques de Serena Carone, invitée de Sophie Calle.
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