Soldats Noirs des Colonies Morts pour la France pendant les deux guerres mondiales
Sang ô sang noir de mes frères, vous tachez l’innocence de mes draps, vous êtes le sueur où baigne mon angoisse, vous êtes la souffrance qui enroue ma voix.
Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes les témoins de l’Afrique immortelle, vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain. »
Léopold Sédar Senghor (Extrait de Poèmes / Hosties noires à retrouver dans Œuvres poétiques)

Que se cache-il derrière cette affiche publicitaire ? Des larmes, de la peur, de la sueur et de l'angoisse. De l'héroïsme surtout.

A la veille de la Première guerre Mondiale  

Dès 1830, la France commence à recruter des soldats dans ses colonies africaines, sur la base du volontariat. Ces soldats africains sont tous appelés « Tirailleurs Sénégalais », même si ils sont originaires du Sénégal, de la Guinée, du Bénin, du Congo... Pas moins de 50 ethnies les composent. Le premier de ces bataillons est créé en 1857. Des bataillons de malgaches, comoriens, somaliens seront aussi  formés. A la veille de la Première guerre Mondiale, la France voit dans ses colonies le moyen de contrebalancer l’avantage démographique de l’Allemagne. L’instruction militaire des soldats des colonies est une tâche rendue difficile en raison de la multiplicité des langues africaines. L’usage d’un sabir « français tirailleur » et communément appelé « petit nègre » est imposé. (lire les deux excellents livres d'Eric DEROO La force noire et Histoire des tirailleurs)

Première guerre Mondiale  

Au cours de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de soldats noirs viennent, de gré ou de force, se battre pour leur colonisateur et paient largement, eux aussi, le prix du sang. En plus des « tirailleurs sénégalais », on retrouve également des combattants de Martinique et de Guadeloupe, de la Nouvelle-Calédonie, de La Réunion, des Comores, de Madagascar, sans oublier quelques milliers de Somaliens. Au total, c’est donc près de 700 000 hommes que l’on fait venir des quatre coins de l’empire. (lire le roman de Raphael CONFIANT Le bataillon créole)

Les troupes coloniales sont engagées sur tous les fronts : La bataille dans les Ardennes, les batailles de Champagne de 1915, la bataille de la Somme en juillet 1916, la bataille du Chemin des Dames en avril 1917, la bataille de Saint-Mihiel en 1918.

La bataille des Dardanelles et l'expédition de Salonique en Orient, sont des batailles qui laisseront un très fort souvenir aux soldats. Beaucoup d'antillais y laisseront la vie.

Quelques héros méconnus de la Première guerre Mondiale

Le sénégalais Bouna N’Diaye, sur le front, se fait remarquer par sa bravoure. Promu adjudant-chef, en 1918, il est fait Croix de Guerre 1914-1918 et en 1924, Officier de la Légion d'honneur, membre du conseil du gouvernement de l’AOF. Le 11 novembre 1919, il remonte les Champs-Élysées à cheval, en compagnie du Président de la République française. En avril 1947 il est fait Grand Officier de la Légion d'honneur.

Le guadeloupéen Camille Mortenol, né à Pointe-à-Pitre, est le 1er élève noir de l’École Polytechnique. Il participe, en qualité́ d’officier, à plusieurs campagnes de conquêtes coloniales, puis s’illustre lors de la 1ère guerre mondiale en ayant la charge de la défense antiaérienne de Paris. Il sera promu, en juin 1920, au grade de Commandeur de la Légion d’honneur. 

Le martiniquais Pierre Réjon est un des rares pilotes de chasse antillais pendant la 1ère guerre. Il est ingénieur de l’École des Arts et Métiers à Paris. Le sergent Pierre Réjon a été décoré de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre.

Le combattant néo-calédonien d’origine kanak Saiaeng Wahena, soldat du bataillon du Pacifique engagé pendant la Grande Guerre, meurt deux semaines avant l’Armistice. D’abord inhumé en France, ses cendres ont été́ rapatriées en Nouvelle-Calédonie en 2006. Il demeure un des soldats Canaques le plus connu parmi ceux engagés dans le conflit.

Seconde guerre Mondiale  

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la France fait de nouveau appel à son Empire et à ses troupes coloniales.  
En plus des « tirailleurs sénégalais », on retrouve également des combattants de Martinique et de Guadeloupe, de la Nouvelle-Calédonie, de La Réunion, des Comores, de Madagascar, de la Somalie. Les troupes coloniales forment environ un quart du total des forces françaises et comptent près de 500.000 hommes. Une bonne partie d'entre elle restent basées dans les colonies. Sur un total de 60.000 militaires français tués pendant l'invasion, un tiers appartient à ces troupes coloniales.  

Les tirailleurs sénégalais couvrent la retraite en 1940. Non seulement ils endurent de lourdes pertes mais ils doivent s'attendre à être fusillés en cas de capture par les Allemands, ces derniers les considérant comme des « sous-hommes ».

Libération de la France  

Les tirailleurs noirs constituent l’essentiel des ressources en hommes de la colonne Leclerc en 1941, puis de la 2ème DB, deux ans plus tard.  
Début 1943, lorsque l'heure de la Libération approche, le général Henri Giraud, commandant en chef civil et militaire de l'Afrique du Nord, reconstitue les forces françaises. Pour cela, il utilise les troupes africaines déjà basées dans les colonies, et il enrôle, en plus, 100.000 soldats africains.  
Les soldats africains participent à la guerre en Afrique du Nord contre Rommel, puis au débarquement allié de Provence, en août 1944. 

Malheureusement, le 25 août 1944, lors de la Libération de Paris, un seul soldat noir fait partie de la 2ème DB du Général Leclerc qui fait son entrée dans la capitale française. À la demande des Américains (pour cause de ségrégation raciale, les noirs faisaient uniquement partie de la logistique), l'armée avait été « blanchie ». De Gaulle et Leclerc acceptent cette exigence américaine.  

Les troupes coloniales sont chaleureusement fêtées, comme les autres, lors des défilés de la Victoire. 

La dissidence  

Les Antillais sont déjà des citoyens français. Les populations antillaises connaissent le mépris qu’éprouve Hitler pour les noirs (lire le livre de Serge BILE, Noirs dans les camps nazis).

Leur plus grande crainte était que cet attachement à l’Allemagne nazie ne les réduise à nouveau à de vulgaires esclaves.  

Cette période de guerre et de pénurie insoutenable est appelée « An tan Sorin » en Guadeloupe et « An tan Robè » en Martinique, respectivement en référence à Constant SORIN, gouverneur de la Guadeloupe, et à Georges ROBERT, amiral et administrateur français. SORIN et ROBERT choisissent de se rallier au Régime de Vichy.   Les Antilles résistent et font ce qui est appelé de la « dissidence ».  

Sur un total d'environ trente mille soldats des Forces Françaises Libres (FFL), on peut compter deux mille cinq cents soldats antillais, provenant pratiquement pour moitié de la Martinique et de la Guadeloupe.  

Le parcours de ces jeunes Martiniquais et Guadeloupéens pour participer à la Seconde Guerre Mondiale représente un véritable périple autour du monde. Après avoir fui leurs îles dans de petites embarcations, au péril de leur vie, les résistants rejoignent les îles anglaises voisines - Dominique, Ste Lucie ou Trinidad – où se trouvent les bureaux de recrutement FFL. Ils sont, ensuite, envoyés vers le camp d'entraînement de Fort Dix aux Etats-Unis. Ils traversent ensuite l'Atlantique pour aller en Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie.

La guerre commence pour les dissidents avec la campagne d'Italie et se poursuit jusqu'au débarquement en Provence. En France, ils sont de tous les combats : Vosges, poches de l'Atlantique, Alsace… et ce jusqu'à la Libération.  

En Juin 2014, le président français leur a rendu un hommage officiel.  

Soldats Noirs sous le Troisième Reich  

Les lois de Nuremberg de 1935, qui répriment les « non-Aryens », s'appliquent aux Noirs. Dans les pays occupés, les Noirs, qu'ils soient civils, combattants ou résistants, subiront des persécutions spécifiquement liées à leur couleur de peau.  
Dans les camps, les soldats noirs subissent le sort commun, mais ils sont en outre humiliés en tant que Noirs (forcés à danser en rentrant du travail ou "blanchis", entendez : torturés à l'eau pour ôter la couleur noire).

Quelques héros méconnus de la Seconde guerre Mondiale

Charles N'Tchoréré, gabonais, est un combattant exemplaire des deux grands conflits mondiaux en France. Il s’engage à 20 ans pour participer aux combats de 1917. Elève à l’école des officiers de Fréjus, capitaine en 1940, il combat sur le front de la Somme où il est fait prisonnier par les Allemands. Exigeant d’être traité́ comme un officier français, il est sommairement exécuté́ par l’ennemi. 
 
Addi Bâ Mamadou (de son vrai nom : Mamadou Hady Bah), guinéen, meurt le 18 décembre 1943 à Épinal en France. Il est appelé par les Allemands le « terroriste noir » et il est une grande figure de la résistance française, membre du premier maquis de résistance des Vosges.  (lire le roman de Tierno MONENEMBO, Le terroriste noir)    

Bourama Dieme, originaire de Casamance, est un héros de la Seconde Guerre mondiale. Lors de la bataille de France, après plusieurs batailles et faits d’armes, il est fait prisonnier. Avec ses codétenus, il est d’abord envoyé à Berlin. Mais par peur de les voir contaminer la «race des élus», l’armée du Reich les transfère dans les Landes en 1941. En mars 1942, il s’évade et parvient à rejoindre Dakar trois mois plus tard. Au lieu d’en rester là, il s’engage dans les FFL. Il prend part au débarquement en Provence, puis se retrouve affecté en Italie. 
 
Paul Valentino est un héros de la résistance interne en Guadeloupe. Juillet 1940, après la défaite de la France, il refuse l'armistice et tente de convaincre le gouverneur Constant SORIN, qui reste fidèle à Vichy. Valentino passe alors en résistance, est emprisonné au bagne en Guyane, puis s’évade. Revenu en Guadeloupe de manière clandestine, dès 1943, il organise le soulèvement qui aboutit à l'effondrement du régime de Vichy dans l'île, et au ralliement à la France Libre. Paul Valentino est médaillé de la Résistance et Chevalier de la Légion d'honneur par décret du 23 avril 1952 par le général De Gaulle. Il devient officier de la Légion d'honneur par décret du 1er avril 1983.

Henry JOSEPH, martiniquais, en Mai 1943, rejoint la dissidence gaulliste. Il gagne la Dominique puis Trinidad où il s’engage dans les FFL, puis Fort Dix pour recevoir une formation militaire. Septembre 1943 il part à destination du Maroc et participera dès lors à tous les combats de la 1ère Division Française Libre. Mai 1944, c’est la bataille d’Italie, puis, Août 1944, le débarquement en Provence.  Il est titulaire, entre autres, des décorations suivantes : - Médaille militaire et Croix du Combattant - Croix du Combattant volontaire guerre 1939-1945 - Croix du Combattant volontaire de la Résistance - Insigne des Forces Françaises Libres 
 
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