Rosa Bonheur, femme rebelle et peintre classique
Née en 1822 à Bordeaux, Rosa Bonheur – dont le nom si romanesque semblait prédestiné à porter un grand destin – a connu une vie peu ordinaire pour une femme de son temps. Si la petite fille grandit dans un château, sa famille connaît des revers de fortune et s'appauvrit.

Encouragée très tôt par son père (peintre lui-même) à s'initier à la musique et aux arts plastiques, Rosa décide dès l'âge de 13 ans de se consacrer entièrement à la peinture, rêvant de richesse et de célébrité, à une époque où les femmes étaient fort rares dans cette profession, et tandis qu'elles n'auront le droit d'étudier aux Beaux-Arts qu'en 1897. 

Au Louvre, on l'autorise à copier des tableaux, mais pas tous : les femmes ne pouvaient pas copier les nus, cela aurait nui aux bonnes moeurs – grande ironie de l'histoire, sachant qu'elles avaient le droit, en revanche, de poser nues depuis longtemps pour des peintres… masculins. Sa formation passe donc par le paysage, les natures mortes, et la représentation des animaux, qu'elle adore.

Ses peintures, souvent spectaculaires dans leurs dimensions (voyez le Labourage nivernais du Musée d'Orsay), ne sont pas d'avant-garde ; mais Rosa Bonheur maîtrise parfaitement les techniques classiques et fait partie des plus grands peintres animaliers de son époque. Dès l'âge de vingt ans, elle connaît un grand succès et expose au Salon de Paris. Les commandes affluent, et Rosa réalise son rêve : vivre de son art, et être une artiste connue et reconnue. Il lui faut parfois ruser : elle demande - et obtient - l'autorisation de se « travestir », c'est-à-dire de porter des pantalons auprès de la préfecture de police : en effet, pour peindre la foire aux bestiaux, elle préfère passer inaperçue et se grimer en homme.

Elle a même l'occasion, en 1889, de réaliser le portrait de Buffalo Bill, en tournée en France avec son spectacle, le Wild West Show - un spectacle qui comprenait de nombreux animaux, bien entendu. La légende raconte qu'ils s'entendirent comme larrons en foire! 


Cette artiste déterminée et libre, qui refusa de se marier et portait les cheveux à la garçonne finira sa vie entourée de dizaines d'animaux – une lionne, une loutre, un écureuil…-  dans sa propriété-château de By à Thomery, en Seine-et-Marne, qui se visite aujourd'hui. Elle vécut également avec son amie d'enfance et amoureuse jusqu'à la mort de cette dernière, fidèle à elle-même et très en avance sur son temps. 

Sonia Zannad

Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com 

Vous aussi, publiez vos propres articles
sur TartinesDeCulture !
Je m'inscris