Pourquoi le cubisme a révolutionné la peinture
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Si le cubisme a tant compté dans l'histoire de l'art, c'est qu'il a marqué un tournant fondamental, avec le rejet du réalisme et de la tentative systématique de représenter des perspectives "justes". Au début du XXe siècle, l'Europe connaît de nombreux changements sociaux, économiques, politiques, et une accélération technologique sans précédent. La photo se répand, à la fois dans la presse et dans le monde de l'art. La représentation picturale doit donc se renouveler pour continuer à innover, et le cubisme sera le tout premier style abstrait de l'art moderne ; le mouvement connaîtra son pic de productivité entre 1907 et 1920.

Les tout premiers artistes cubistes, Georges Braque et Pablo Picasso, sont d'accord sur un point : il faut que l'art reflète la vie. Inspirés par Cézanne, qui avait commencé à déconstruire objets et paysages et à utiliser les formes géométriques, ils vont plus loin et se mettent à peindre des motifs bi dimensionnels (et non plus tri dimensionnels), donc "plats", selon de différents points de vue parfois superposés, afin de produire un effet de 'totalité'. On voit  l'objet, le visage ou le paysage sous tous les angles à la fois, en un seul coup d'oeil. Il peut être simultanément vu de haut ou de profil.

Georges Braque raconte sa plongée dans le cubisme en ces termes, en 1935 :

« Mon éducation naturellement avait été faite « avec modèle ». J’avais appris à peindre d’après nature, et lorsque je fus persuadé qu’il fallait se libérer du modèle, ce ne fut pas du tout facile… Mais je m’y suis mis, et le détachement s’est fait par des poussées intuitives qui me séparaient de plus en plus du modèle. A des moments comme ça, on obéit à un impératif presqu’inconscient, on ne sait pas ce que cela peut donner, c’est l’aventure. »

Les formes naturelles sont simplifiées à l'extrême et deviennent des formes géométriques : sphères, cylindres, et évidemment des cubes. C'est ainsi qu'un critique français crée le terme de "cubisme", qui passera à la postérité. Cette nouvelle approche de la peinture renouvelle le rapport au temps, aux volumes, à la composition, et à l'espace. Il s'agit désormais de capturer l'essence d'un sujet plutôt que de montrer des détails précis et réalistes.  Celui qui regarde la toile n'est pas concentré sur la dimension esthétique de la scène mais vit cette confrontation comme une expérience, une sensation. Les objets sont distordus, fragmentés : les points de vue démultipliés. Ce qui est donné à voir, c'est l'essence d'une guitare, d'une montagne, d'une ville ou d'une table dressée pour le petit-déjeuner. 

Dans la littérature contemporaine au cubisme, on retrouve des procédés similaires : c'est le cas chez Gertrude Stein, Apollinaire, Faulkner : les points de vue sont démultipliés et les répétitions nombreuses. Le langage se fait volontiers abstrait, et les récits sont souvent le fait de narrateurs multiples. 

Vous avez peut-être remarqué que dans les oeuvres cubistes, on voyait très souvent des instruments de musique ou des partitions (parfois sous forme de collages). C'est que la musique comptait beaucoup pour ces artistes. Elle les inspirait - par exemple Stravinsky et ses rythmes chaotiques répond parfaitement aux toiles cubistes. 

Picasso est l'un des artistes cubistes les plus importants ;  avec les "Demoiselles d'Avignon" (1907), il a véritablement posé tous les principes du mouvement. Les visages des Demoiselles font d'ailleurs penser à des masques africains ; l'art dit "primitif" que Picasso affectionnait, est une autre grande influence du cubisme

Ce mouvement pictural a véritablement annoncé et préparé le terrain à tous les courants modernes, à toutes les révolutions picturales du XXe siècle : futurisme, constructivisme, dada, surréalisme... Il marque une avancée majeure dans l'histoire des formes et des représentations.

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