Novembre 1918, ou comment mettre de la poésie dans la guerre
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Quel mot terrible que le mot "guerre" ! Le bruit, la fureur, la haine, la mort, les cris et les râles des blessés et mourants... Les écrits littéraires se sont faits aussi l’écho de la guerre.


Où on commence par Guillaume Apollinaire

Il est mobilisé en Décembre 1914. Il écrit :

« Si je mourais là-bas sur le front de l'armée Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée...  

Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt

Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleurs
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie »

Si je mourais là-bas, de Guillaume Apollinaire (in Poèmes à Lou, 1915)

Et on continue par Barbusse et Junger :

La guerre de 1914-1918 est une vraie boucherie.
  
On ne peut pas ne pas lire :  
- Le Feu de Henri Barbusse
- Orages d’acier de Ernst Junger

Et Aragon :

Vibrant hommage à tous ceux qui tombent, fauchés dans la fleur de l'âge....

Le Roman inachevé est une autobiographie d'Aragon écrite en vers.

Le poète, âgé de 59 ans, se penche sur sa vie passée : pour la première fois il évoque son enfance souvent malheureuse, le temps de la Première Guerre mondiale, les années du surréalisme, les années trente, le temps présent; il parle du rôle des femmes et de l'amour dans sa vie, et tout particulièrement de sa rencontre d'Elsa qu'il célèbre comme femme salvatrice et inspiratrice.

Il réfléchit sur le sens de sa vie et sur son engagement politique; il exprime sa naïveté, sa pensée utopique qui dressaient devant lui le mirage d'un monde féerique, identifié par lui au monde communiste attendu. Il essaie de justifier son activité idéologique.

Il place son amour pour Elsa au-dessus de toute fidélité politique.

Une profonde désillusion se dégage de ses vers, le sentiment de l'échec, de l'inutilité, mais aussi la volonté de ne pas laisser le scepticisme et le dégoût l'emporter sur l'espoir. La franchise du poète parlant de ses problèmes intimes donne au poème un accent profondément touchant. Il présente un homme contradictoire: un homme sûr de lui-même et en même temps faible, croyant, voire crédule et sceptique, pessimiste et optimiste, persécuté et persécuteur, "victime" et "bourreau"; il donne des leçons et renverse en même temps sa propre "autorité".

Pourtant ce poème est aussi un texte fictionnel avec des passages où le sujet qui dit "moi" n'est pas absolument identique à l'Aragon historique; il est vrai que la part de stylisation (négative ou positive) est difficile à mesurer. 

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que la danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

Louis Aragon, « La guerre, et ce qui s’ensuivit », 1956, in Le Roman Inachevé.© Éditions Gallimard.


Fin de la Première guerre mondiale

A l’issue de la Première Guerre mondiale, les pertes humaines immenses et la géopolitique inédite née de la révolution russe et de l’écroulement des Empires centraux frappent les esprits des contemporains. 

Mais, au vrai, cette guerre a-t-elle eu des vainqueurs ? 

Les historiens s’accordent à considérer les EU comme les grands bénéficiaires d’un conflit dans lequel ils sont intervenus militairement le plus tard possible, en se contentant de tirer les marrons du feu en tant que fournisseurs, et en tant que financiers de l’effort de guerre allié. 

Les « sociétés impériales » – Allemagne, France et Royaume-Uni – sortent à des degrés divers très affaiblies de l’affrontement : elles sont début novembre 1918 des sociétés en deuil secouées par des troubles sociaux d’envergure, de nature révolutionnaire dans le cas allemand. 

Les conditions de l’armistice peuvent être résumées rapidement : arrêt des combats, reddition de l’armée allemande et de la quasi-intégralité de son matériel et retrait au-delà du Rhin. Quelques moyens militaires lui sont néanmoins laissés afin de réprimer la révolution spartakiste qui pointe. 

La sérénité des acteurs tels qu’ils apparaissent dans le tableau ne doit pas dissimuler les tensions au milieu desquelles se trouve cette poignée d’hommes en charge de sceller la destinée de millions d’autres.

La conférence de la paix s’ouvre à Versailles le 18 janvier 1919. 

Deux mois après l’armistice, la question reste entière : comment pacifier l’Europe après un conflit aussi dévastateur ? 

Boiteux, le règlement des hostilités l’est assurément dès l’origine, car tous les pays entrés en guerre en 1914 ont la conviction de l’avoir faite pour de bonnes raisons. 
Comme la France, l’Allemagne estime avoir été attaquée. 

Les dispositions du traité instituant la responsabilité unilatérale de l’Allemagne dans le déclenchement du conflit ne pouvaient être acceptées outre-Rhin. Elle n’est d’ailleurs pas conviée à la table des négociations, procédé alors inédit dans l’histoire diplomatique. 

Des lignes de faille entre nations victorieuses sont également décelables, ce qui complique encore la situation. 

La paix prônée par le président américain, le démocrate Woodrow Wilson, s’oppose ainsi à la volonté d’écrasement de l’ennemi héréditaire prévalant côté français. Les Britanniques, fidèles de leur côté à leur souci pluriséculaire d’équilibre des puissances sur le continent, veillent sans relâche à empêcher la France d’obtenir des conditions trop favorables. 

Ces tensions pèsent lourd sur l’élaboration du traité, et son contenu final est paraphé le 28 juin 1919, cinq ans exactement après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.


Et la seconde guerre mondiale commence...

La Seconde Guerre mondiale est un conflit armé à l'échelle planétaire qui dure de 1939 à 1945. Ce conflit oppose schématiquement deux camps : les Alliés et l’Axe.

Provoquée par le règlement insatisfaisant de la Première Guerre mondiale et par les ambitions expansionnistes et hégémoniques des trois principales nations de l’Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Empire du Japon), elle consiste en la convergence, à partir du 3 septembre 1939, d’un ensemble de conflits régionaux respectivement amorcés le 18 juillet 1936 en Espagne (la guerre d'Espagne), le 7 juillet 1937 en Chine (la guerre sino-japonaise), et le 1er septembre 1939 en Pologne (campagne de Pologne), puis par l'entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni avec leurs empires dès le 3 septembre 1939.

L'URSS rejoint le camp allié à la suite de l'invasion allemande le 22 juin 1941 et les États-Unis après l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Dès lors, le conflit devient vraiment mondial, impliquant la majorité des nations du monde sur la quasi-totalité des continents.

La Seconde Guerre mondiale prend fin sur le théâtre d'opérations européen le 8 mai 1945 par la capitulation sans condition du Troisième Reich, puis s’achève définitivement sur le théâtre d'opérations Asie-Pacifique le 2 septembre 1945 par la capitulation sans condition de l'Empire du Japon, dernière nation de l’Axe à connaître la défaite.


Où on finit par Paul Eduard :

Liberté est un poème que l'auteur français Paul Éluard a écrit en 1942 comme une ode à la liberté, face à l'Occupation de la France par l'Allemagne en 1940. Il s'agit en fait d'une longue énumération de tous les lieux, réels ou imaginaires, sur lesquels le narrateur écrit le mot « liberté ».

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, Les Editions de Minuit)

Je vais vous laisser sur ce mot magnifique et non sur des images terribles....
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