Les robes-trésors de la comtesse de Greffulhe
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«Elle arrivait avec l’élégante vivacité, en même temps que la délicate majesté d’une gazelle, qui aurait rencontré une pièce de velours noir et qui la traînerait après soi, avec une grâce infinie ». – Robert de Montesquiou, La Divine comtesse  

Apparition, déesse, fée, muse, fantasme : la comtesse Elisabeth de Greffulhe fut tout cela à la fois. Le musée Galliera lui consacre une exposition intimiste, qui permet d’imaginer ce que fut sa vie à travers sa passion pour la mode. On y était, on vous raconte !
 

C’est à travers une belle diversité de documents que le palais Galliera évoque la vie de la comtesse de Greffulhe, à commencer par son extraordinaire collection de robes, remarquablement préservées. De la Belle Epoque aux années folles, une cinquantaine de tenues permettent d’imaginer l’élégante et évoquent sa silhouette élancée, sa taille de guêpe et ses goûts aussi originaux que luxueux.

Cette multiplicité de robes donne d’ailleurs un côté fantomatique à l’exposition : on a l’impression que la comtesse vient de quitter les lieux, et il flotte autour de ces silhouettes le parfum nostalgique d’un temps révolu, entre romantisme et modernité. Outre les robes, certains accessoires sont mis en valeur : chapeaux extravagants, éventails géants, chaussures, gants, tout est magnifiquement raffiné. La recherche esthétique de la comtesse semblait d’ailleurs sans fin, jusqu’à détailler avec une précision délirante dans son testament de quelle robe et de quels bijoux il faudrait la parer dans son cercueil…  

Ensuite, une série de photos permet de prendre la mesure du narcissisme du personnage, qui posa régulièrement pour l’objectif de Nadar pendant près de 20 ans. La comtesse s’aimait beaucoup – elle parlait de sa propre beauté sans complexes -, et adorait se mettre en scène, immortaliser son image, admirer son propre reflet. Dans les soirées, elle ne faisait que de brèves apparitions, pour mieux se faire désirer…

Mais la comtesse de Greffulhe n’était pas pour autant une beauté écervelée, loin de là. Amie des arts, elle leva des fonds pour financer des concerts, des expositions, des recherches scientifiques… et fut aussi agent d’artistes, notamment pour Renoir.
Le compositeur Gabriel Fauré l’appelait affectueusement « Madame ma fée » et lui dédia sa Pavane – car la comtesse jouait merveilleusement du piano -, tandis que Marcel Proust, qu’elle obsédait, s’inspira d’elle pour composer le personnage de la duchesse de Guermantes.
De nombreuses citations sont d’ailleurs mises en exergue tout au long de l’exposition (de Proust et de Montesquiou, entre autres) et le visiteur, plongé dans la vie mondaine de la comtesse à travers ses atours, se croirait presque dans son salon en lisant les descriptions détaillées que ses contemporains firent d’elle ; car tous étaient sous le charme de la divine Elisabeth, qui fit de sa vie une œuvre d’art.  

Toutefois, la partie de l’exposition la plus touchante est sans doute cette série de dessins de la comtesse dans l’intimité de ses appartements de Bois-Bourdan, croquée sur le vif par son ami  Paul-César Helleu. Si ces dessins sont méconnus, c’est que la comtesse les jugeait trop intimes pour qu’on les expose. On y perçoit l’admiration de l’artiste pour le modèle, et sa volonté de consigner le moindre geste, la grâce, les courbes et les attitudes d’une femme qui a marqué son époque par une élégance hors-normes et une croyance inébranlable : celle que l’harmonie et la beauté rendent la vie plus douce.  

Pour découvrir l’exposition avec une visite guidée, c’est par ici (jusqu’au 20 mars 2016)
Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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