L'art du livre
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Gabrielle Jarzynski est auteure, et travaille dans un atelier des Grands Voisins. C’est là qu’elle nous a reçu, au beau milieu d’une ribambelle d’objets-livres raffinés et délicats, travaillés dans les moindres détails graphiques, à l’image de son écriture ciselée. Elle nous a généreusement raconté son approche très personnelle à l’écrit et nous a parlé de ses projets en cours.   

Mes Sorties Culture : Pourquoi travailler dans un atelier ?
   

Gabrielle Jarzynski 
: J’ai besoin de créer de l’espace mental pour écrire. Chez soi, c’est plus difficile de se donner cette liberté.   

MSC : Que faisiez-vous avant de vous lancer dans cette activité à plein temps ?
   

GJ
 : Il y a deux ans, je travaillais pour des éditions musicales, j’étais responsable des copyrights et des royautés. C’est donc un vrai changement de vie, même si j’écrivais déjà. J’ai tout plaqué en 2 mois ! Ce n’est pas évident de se lancer, mais j’ai gagné en confort psychologique, je fais vraiment ce que j’aime, et c’est aussi une petite mise à l’épreuve, parce qu’il faut tenir le coup avec moins de moyens. Mais une chose est sûre : je suis ravie de me lever le matin pour venir à l’atelier, et d’avoir tout le temps qu’il faut pour penser à mes prochains livres !   

MSC : Est-ce que vous travaillez seule ? 
  

GJ
 : Pas du tout, je travaille en lien avec d’autres artistes, des plasticiens qui viennent dialoguer avec mes écrits. Ils me transmettent leur énergie, et me donnent de nouvelles idées aussi. J’ai moi-même une approche de plasticienne, je mixe beaucoup les techniques, et j’utilise les ressources du graphisme. J’ai envie de changer l’image du livre, que l’on voit trop souvent comme utilitaire, fonctionnel, alors que c’est aussi un objet avec sa vie propre.  

MSC : Je trouve que vos œuvres ont un côté très musical, elles ressemblent un peu à des partitions
   

GJ 
: Oui j’ai à cœur d’écrire de façon rythmée, rythmique. D’ailleurs j’enregistre ce que j’écris en le lisant, pour voir quel son cela produit ! J’ai fait pas mal de musique classique (du violon) je suppose que ça m’influence. Et quand je m’enregistre, j’ai vraiment la sensation de travailler de la matière, comme les peintres avec les couleurs.  

MSC : Vos objets- livres sont des constructions hybrides, finalement..
   

GJ 
: Oui, rien n’est gratuit dans ce que je fais : j’ai une ligne directrice, et chaque élément de l’œuvre est réfléchi, que ce soit une « boîte livre », un texte écrit sur un miroir... Je souhaite mettre en volume ce que j’ai dans la tête. Quand j’expose, je n’expose pas que des textes : pour « la Mue », il y avait également une installation sonore et visuelle. En fait, je cherche comment on peut s’approprier le texte autrement que par le livre, le rendre plastique. Je suis aussi attachée à la littérature classique, j’aime Eluard et Apollinaire, mais assez rapidement, quand j’ai commencé à écrire,  j’ai eu envie de « décaler » l’écriture vers les arts appliqués.   

MSC : Votre écriture est aussi très charnelle, voire crue
   

GJ 
: Oui je travaille beaucoup autour du corps, autour des souvenirs, mon écriture peut être très crue, très érotique. En faisant des livres des objets précieux, je casse un certain rapport à l’écriture, qui permet d’éviter de rester au premier degré. Et grâce à l’image, je pense que je rends aussi certains mots « difficiles » plus accessibles.   

MSC : Quels sont vos projets en cours ?
   

GJ 
: J’ai un livre qui va sortir aux éditions de l’Aigrette (maison de la poésie de la Drôme), un recueil de poésie. Il y aura un livret de texte accompagné des photos de Claude Rouyer. Son titre : « Donnez moi un peu de F du K et du S ». Un deuxième « Un cirque » suivra, accompagné d’images réalisées par différents illustrateurs. Ces deux livrets (qui paraîtront cet automne) sont des préambules à la sortie du recueil intitulé « Bout de Ficelle ». L’éditeur, Mikael St-Honoré, m’a fait totalement confiance pour ces projets, j’ai été très libre. J’ai découvert Claude Rouyer via les éditions derrière la salle de bains, et ça a été une très belle rencontre. En plus c’était la première fois qu’elle prenait en photo une personne qui n’était pas quelqu’un de son entourage. Quant aux illustrations du deuxième livret, elles ont été imaginées à partir de souvenirs du texte. Je suis très attachée à l’image.  

MSC : En fait, à vous entendre, l’image accompagne le texte autant que le texte accompagne l’image
   

GJ
 : Exactement, c’est très circulaire ! ça marche dans tous les sens. On obtient grâce à ces regards autres des réinterprétations du texte. C’est un enrichissement mutuel. 


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