La magie Eliasson à Versailles
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Olafur Eliasson (né au Danemark en 1967) bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale. En janvier 2015, il avait fait parler de lui en transformant le sous-sol de la toute récente Fondation Vuitton en grotte interstellaire.  Son travail sonde la perception, le mouvement, l’expérience physique à travers des installations spectaculaires, comme la très populaire « The Weather Project » (2003) dans le Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres, qui a été vue par plus de deux millions de personnes ; ou « The New York City Waterfalls » (2008), quatre grandes cascades artificielles installées sur les berges de Manhattan et Brooklyn.  

Cette année, il envahit les salles et le parc du Château de Versailles : comme le dit la présidente du site, Catherine Pégard, « Avec Olafur Eliasson, les astres peuvent se rencontrer, l’horizon se dérober, et toutes nos perceptions se brouiller. L’homme des lumières fait danser les lignes chez le Roi Soleil. »  En effet, l’artiste s’est fondu dans le décor avec des installations tantôt gigantesques, tantôt minuscules, presque cachées, qui induisent un véritable jeu avec le visiteur. Toutes ses interventions s’harmonisent parfaitement avec les lieux, et le contexte historique, dans une ode au soleil, à l’eau, à l’architecture et aux interactions entre les trois. Nous vous en livrons ici un aperçu !  

Commençons par le jet d’eau géant : vu depuis l’intérieur du château, on a l’impression que le ciel lui-même s’est entrouvert pour laisser s’échapper une cascade torrentielle. A Versailles, les lieux sont disproportionnés, de même que les ambitions décoratives : Eliasson se plie à ces exigences royales et utilise les techniques modernes pour créer une nouvelle illusion sur le plan d’eau du grand canal.  

Mais Olafur Eliasson est surtout connu et reconnu pour sa capacité à réinventer la lumière et à magnifier les perceptions des visiteurs, à travers des éléments d’une apparente simplicité. Quiconque a vu son exposition à la fondation Vuitton en a fait l’expérience : dans les espaces qu’il investit, nous redevenons des enfants, émerveillés et déstabilisés par ce que nous voyons. Tout semble neuf, tout prend un sens nouveau. Ainsi, au fond de la galerie des glaces, se trouve « Your sense of unity », une oeuvre faite de 2 miroirs placés en « V » qui semblent clorent l’espace tout en reflétant la salle, tandis que des arcs de cercle lumineux se démultiplient dans les reflets. Une intervention douce qui prouve que design contemporain et décor XVIIIè peuvent parfaitement s’entendre.  

Dans la salle des gardes du Roi, c’est le soleil lui-même qui semble emprisonné sous la forme d’une « Solar compression » faite de deux miroirs ronds et convexes, flottant au milieu de la pièce comme en apesanteur, et tournant sur eux-mêmes comme l’astre royal. Les touristes se reflètent et ne se lassent pas des défomations que cette suspension provoquent ; bientôt, tout le monde a envie de suivre le mouvement et de tourner autour du cercle qui tourne sur lui-même. La magie Eliasson a encore frappé.  

Enfin, dans la galerie basse, deux petits globes en or, d’une brillance extrême sont fixés à une vitre. C’est « The gaze of Versailles », autrement dit « Le regard de Versailles ». On dirait deux yeux sortis de leurs orbites, ou encore des miroirs de sorcière qui reflètent tout l’espace autour – ce sont les miroirs convexes que Van Eyck se plaisait à peindre dans ses toiles -. Des yeux qui semblent interroger le regard du spectateur lui-même : ce que nous voyons, tant d’autres générations l’ont vu ! Et cet espace a vu tant de choses, lui aussi ! De quoi éprouver un léger vertige, artistique et historique…  

Pour retrouver toutes les visites guidées de l’exposition Olafur Eliasson à Versailles, c’est par ici !  
Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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