Kandinsky, ou la peinture musicale
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A priori, rien de plus silencieux qu'une peinture. Pourtant, l'artiste russe Vassily Kandinsky, que l'on tient avec Malevitch et Mondrian pour l'un des premiers peintres abstraits, n'était pas de cet avis. Né dans une riche famille moscovite, élève brillant et violoniste virtuose, le jeune Kandinsky se destine à une carrière de professeur de droit.

Mais à l'occasion d'une exposition en 1895, il découvre les Meules de Monet, et vit un choc esthétique. Obnubilé par les couleurs et les formes sur la toile, il ne reconnait absolument pas le sujet ; son esprit en fait une œuvre abstraite avant l'heure. Peu après, il assiste à une représentation de l'opéra Lohengrin, de Wagner. Il dira, après la représentation :  « Je voyais mentalement toutes mes couleurs, elles se tenaient devant mes yeux. Des lignes sauvages, presque folles se dessinaient devant moi ».

Il laisse tomber sa carrière de professeur de droit et décide d'étudier la peinture et de devenir artiste. Le jeune homme est doté d'une particularité qui va considérablement influencer sa manière de travailler : il est doué de synesthésie. Pour lui, les sons correspondent à des couleurs. Et chaque couleur coïncide avec un instrument particulier. Par conséquent, lorsqu'il regarde une toile, son esprit est envahi par la musique, à chaque fois différente en fonction de l'artiste et de la composition. Pour une toile plutôt classique, la musique se fait mélodique et le rythme régulier. Pour un  tableau de Picasso, la musique se fait symphonique et plus foisonnante, plus désordonnée aussi.

C'est en écoutant Schönberg, son contemporain, compositeur révolutionnaire qu'il peint – ou plutôt, compose – ses premières toiles véritablement abstraites. Il essaie de rendre compte de ses sensations synesthésiques par le biais de la couleur et des formes, dans une expérience picturale totalement inédite. Au fil des ans, les formes se font de plus en plus abstraites, les superpositions de plus en plus hardies, les images se complexifient et semblent vouloir déborder du cadre. Alors, la prochaine fois que vous tomberez sur une toile de Kandinsky postérieure à 1913, détendez-vous, tendez l'oreille et essayez de percevoir la mélodie qui s'y cache!    

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