Faire provision de joie avec l'ABCdaire de Nathalie Seroux
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Dans une autre vie, Nathalie Seroux a travaillé dans la communication, après des études en école de commerce. Pourtant, la photo l’accompagne depuis toujours : son père étant photographe amateur, il l’a initiée assez jeune à l’art de la prise de vue. Armée de son premier Olympus, elle prenait déjà ses camarades en photo au collège, à une époque où le portable et son appareil intégré n’existaient pas. Au bureau, dans sa vie de communicante, elle prenait des photos aussi, quand elle ne réalisait pas de petits films au caméscope. Puis, à 40 ans, elle a eu le « déclic », après avoir accompagné une amie sur un tournage avec son Kodak numérique. Il lui a semblé évident, en photographiant les acteurs, en les voyant prendre la pose, que ce rapport au monde serait désormais le sien. Après 4 ans d’études à la fac, en arts plastiques, elle multiplie désormais les projets, les publications et les expositions. Son premier imagier photo destiné aux tout-petits, « Autour de Moi », a fait un carton en 2014. Elle vient de sortir un ABCdaire photo dans le même esprit, aux éditions de la Martinière, « Mon 1er ABCdaire photo », qui s’adresse aux enfants de 3-4 ans.  

Curieux d’en savoir plus sur sa démarche et la façon dont elle a abordé ce projet, nous l’avons rencontrée dans un lieu chaleureux et animé, à son image !
 

Mes Sorties Culture 
: Vous semblez d’une nature optimiste et enjouée. Aviez-vous envie de transmettre cela à travers votre imagier, puis aujourd’hui dans votre ABCdaire ?  

Nathalie Seroux 
: Je crois que je suis attentive à préserver la part d’enfance en moi. Et puis j’ai 3 fils (qui sont grands maintenant), et je me souviens avec émotion des moments où je leur racontais des histoires. Pour moi ce sont vraiment des souvenirs merveilleux. On est l’un contre l’autre, on est complètement dans le moment présent, et si le parent prend plaisir à raconter, c’est vraiment un temps d’échange extraordinaire.  

Vos photos sont très colorées, pleines de vie !
 

Oui, pour le premier imagier, tout est parti de la série « Life on » (jeu de mots sur « L’Iphone »), avec des photos très spontanées, des instantanés de la vie quotidienne ou des images glanées au cours de mes voyages, aux couleurs saturées, un peu dans l’esprit et le format des photos Instagram. Cet imagier cherche à éveiller l'enfant au monde qui l'entoure à travers des représentations photographiques de son quotidien : la maison, le jardin, la nourriture, les jouets, la musique, les couleurs, etc.   L’ABCdaire qui vient de sortir repose sur le même principe, mais avec une esthétique  moins « vintage ». les images, cette fois, ont été réalisées grâce à un Leica. Pour moi, c’est un hymne à la vie à travers des objets, sans forcément de contexte pour expliquer leur présence, et sans qu’ils soient toujours faciles à identifier. Cela fait appel à l’imagination des enfants et des parents. Je ne veux absolument pas infantiliser à outrance. Il y a une marge de liberté, d’interprétation, à laquelle je tiens beaucoup.  

Avez-vous voulu créer un outil pédagogique ?
 

Non plutôt un outil pour échanger, pour émerveiller. Je suis toujours effarée de voir toutes les publications qui inondent les rayons parascolaires, dès la maternelle. Là, il s’agit d’un espace d’ouverture et d’éveil. En fait, c’est presque un détournement de la fonction première de l’ABCdaire. Et puis souvent, les imagiers photo sont sans âme, avec des photos issues de banques d’images. J’avais envie de quelque chose de plus personnel, de plus familier.    

Vous avez été particulièrement attentive aux mots que vous avez choisi pour l’ABCdaire, pourquoi ?
 

C’est important de respecter les apprentissages des enfants, même si encore une fois il ne s’agit pas d’un objet pédagogique. J’ai rencontré des instituteurs (écoles classiques et écoles Montessori). Je trouve passionnant de comprendre comment on apprend l’alphabet aux petits de maternelle. Et j’ai saisi en dialoguant avec eux que je ne pouvais pas utiliser certains mots, qui auraient introduit trop de complexité d’un coup. Par exemple pour le C, mieux valait utiliser « canard » (le son [ke]) que chat ou cerise, parce que ces combinaisons de lettres et de sons sont apprises dans un deuxième temps.  Dans le même ordre d’idées, j’ai aussi rencontré une orthophoniste. Et puis, on m’a dit que certains soignants s’en servaient aussi pour les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’image peut provoquer une émotion, et par le biais de l’émotion, faire remonter un souvenir.  

Pour vous, était-ce une nouvelle façon de travailler ?
 

Oui, et j’ai beaucoup apprécié ce travail en commun avec l’éditrice et le graphiste. Grâce à leur recul et à leur savoir-faire nous avons pu faire des choix de mise en page et d’édition qui me ravissent quand je vois l’objet fini.       

Vous êtes amie avec
Anne Cazaubon, que vous photographiez souvent lors de ses « happynings » et on sent que vous avez un peu la même sensibilité… Vous me faites penser toutes deux à cette phrase du penseur Alain « Si vous allez quêter la joie, faites d’abord provision de joie ».  

Oui nous cherchons toutes les deux le merveilleux, la poésie dans le quotidien.  Nous sommes des sœurs de cœur, et son univers me transporte littéralement. Dans un contexte particulièrement sombre, il ne faut pas se laisser tirer vers le bas. Je veux, comme Anne, préserver mon regard d’enfant, ma capacité d’émerveillement. C’est un effort de ne pas se laisser envahir par les nouvelles anxiogènes… Les belles choses, pour moi, sont simplement celles qui procurent de la joie. Et il faut permettre au beau d’exister.  

Après notre rencontre, Nathalie m’a envoyé une citation de Jean-Christophe Oberkampf, l’inventeur de la toile de Jouy, dont elle aime les motifs et les couleurs (et qui a donné son nom à une station de métro parisienne) : « Le beau rend heureux. Je le suis quand je regarde la nature. De tous les pores de ma peau je la respire des yeux. J’admire sa géniale harmonie. Je m’extasie devant l’infinie palette de ses couleurs. Je pense sans cesse à communiquer mon plaisir aux autres. » Voilà qui correspond parfaitement à son propre état d’esprit !
 

Nathalie Seroux dédicacera son ABCdaire le 29 janvier à 16h à Paris, à la librairie du Cent Quatre, le Merle Moqueur.    

Vous pouvez acheter ses livres en librairie ou en ligne et suivre ses projets sur son site.
Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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