Comment le Caravage a inventé la peinture baroque
La Renaissance, en peinture, est marquée par une forme d'idéalisation des personnages, une rationalisation de l'espace, un calme dans la composition comme dans les couleurs. Avec le Caravage s'ouvre une nouvelle ère, celle de la peinture baroque. Connu pour avoir vécu une vie dissolue et violente, marquée par un crime, des emprisonnements, des évasions, l'artiste est mort dans la plus grande solitude à l'âge de 39 ans. Seules 60 de ses toiles sont connues et authentifiées, et l'on ne connaît pas grand-chose de sa biographie, si ce n'est grâce aux minutes des - nombreux - procès dans lesquels il fut impliqué. Le peintre a pourtant eu une influence très importante pendant tout le 17e siècle, où il fut abondamment imité par des peintres que l'on dit caravagesques ou caravagistes - lui qui ne fut jamais maître d'un atelier et n'eut pas de disciples de son vivant - avant d'être oublié, puis redécouvert dans les années 1950. Depuis, l'intérêt des professionnels et du grand public pour le peintre ne se dément pas. Mais à quoi reconnaît-on un Caravage?

Passion et expressivité

Quel que soit le sujet choisi, les visages et les corps sont pleins de dynamisme, comme pris sur le vif. Les expressions faciales - peur, dégoût, plaisir - sont toujours empreintes d'une forme de sensualité et restent d'actualité par leur universalité et la qualité de leur représentation. C'est là un des traits de l'art baroque : il fait place, après une période marquée par l'idéalisation des formes et des expressions, à une débauche d'expressivité , qui peut même sembler exagérée, mais qui ne manque pas de faire réagir celui qui regarde - et c'est bien le but recherché. La peinture n'est plus une surface extérieure, étrangère, qui parle d'un monde inaccessible ; elle devient miroir et interaction, elle devient vivante. 


Violence réaliste

Cette grande expressivité va de pair avec la représentation débridée de la violence. Et sur ce chapitre, personne n'égale le Caravage. D'abord, il s'y connaît, ayant lui-même côtoyé des milieux interlopes, possédant un épée, et se battant volontiers. On peut présumer que le sang et les blessures ne lui font pas peur. D'une certaine façon, il est même fasciné par la violence. Radical et franc quand il montre un corps meurtri; il fait là aussi réagir celui qui regarde, qui est invité à se confronter à la réalité crue, à la cruauté de l'existence, en particulier dans la Rome du début du 17e siècle, dont les tableaux du Caravage sont aussi le reflet, même quand il choisit des scènes bibliques ou mythologiques. Il ne vivait pas dans un monde ouaté ou protégé, malgré quelques séjours dans les palais de ses mécènes. 


Implication du spectateur

Dans Le Souper à Emmaüs (1601)  le Caravage représente l'instant où le Christ ressuscité, attablé avec les pèlerins d'Emmaüs, leur révèle son identité. Grâce au mouvement d'un des pèlerins (à droite), ouvrant largement les bras sous l'effet de la surprise, le spectateur est invité à entrer dans la scène. De même, la corbeille de fruits qui se trouve au premier plan, qui est en équilibre précaire et dépasse légèrement de la table, permet de créer un effet de trompe l'oeil qui fait "déborder" l'action hors du tableau et crée là aussi une porosité entre celui qui regarde et la scène représentée. Là encore, le peintre pose les bases de ce qui fera l'originalité révolutionnaire de l'art baroque, qui invite les spectateurs à s'impliquer dans l'action, et parvient à les toucher d'une façon alors totalement inédite. 


Ombre et lumière

Chez le Caravage, la lumière est un élément de la narration. Spécialiste des clairs-obscurs, il opère grâce à la lumière des effets théâtraux spectaculaires, et joue sur les contrastes pour mettre en valeur les éléments importants d'une scène. Cet usage si maîtrisé des ombres et de la lumière donne à ses oeuvres un aspect qui fascine encore de nos jours, et nimbe ses sujets d'un mystère impénétrable. 

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