Beauté Congo, on y était
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Une grande expo vient de fermer ses portes à la fondation Cartier ; parions qu’elle aura marqué les esprits et qu’elle permettra à l’art contemporain du Congo de se frayer un chemin plus sûr dans l’histoire de l’art, les collections des musées et celles des particuliers.


Mes sorties Culture a eu deux coups de cœur lors de cette visite, le premier pour les toiles du « vétéran » de la peinture made in Kinshasa, j’ai nommé Chéri Samba, le second pour son digne successeur, JP Mika.


Chéri Samba est une star internationale : né en 1956, c’est l’un des peintres africains les plus connus au monde ; certaines de ses toiles se trouvent au Centre Pompidou et au Moma. Autodidacte, il quitte son village à 16 ans pour travailler dans les ateliers des peintres d'enseignes et de publicité de l'avenue Kasa Vubu, dans la capitale, Kinshasa. Sous la double influence de ce premier travail et de l’univers de la BD, on retrouve dans ses toiles des bulles, des commentaires (en français ou en lingala) et un style qui rappelle les enseignes publicitaires. Il n’a que 19 ans lorsqu’il ouvre son premier atelier et commence à vendre ses travaux en tant qu’illustrateur.  Chéri Samba ne s’est jamais éloigné de l’art de rue et aime représenter des personnages de tous les jours, des scènes populaires. Ce qui frappe surtout, c’est l’extraordinaire vitalité de ses toiles, qui interpellent autant par l’originalité des motifs que par la qualité des couleurs et la finesse des commentaires qui les émaillent. Partisan d’une veine satirique, Chéri Samba surfe sur la supposée « naïveté » de son art pour faire preuve d’une ironie cinglante et interpeller le public sur des questions polémiques : armement en Afrique, dépendance vis-à-vis des pays du Nord, immigration…Il pratique une peinture attirante pour mieux pousser celui qui regarde à la réflexion, par son art consommé de la satire sociale. Dans l’un des films projetés à la fondation Cartier, Chéri Samba le dit sans détour « Les gens n’aiment pas qu’on dise la vérité, et moi c’est cela que je peins. Si je suis dans ce monde, c’est parce que j’ai un message à transmettre. Je veux porter une connaissance aux miens, qui à mon avis croient qu’ils n’ont aucun avenir. Je veux faire réfléchir, qu’on admire mes toiles mais pas pour me faire plaisir. »


JP Mika, de façon symptomatique, a quasiment le même parcours que Chéri Samba. Déjà virtuose du pinceau, capable de prouesses réalistes, il n’a pourtant que 35 ans et a appris « sur le tas ». Initié aux subtilités de son art par un autre peintre local, Chéri Chérin, qui l’a repéré, il reprend dans ses toiles les codes installés par ses prédécesseurs : thèmes populaires, urbanité, couleurs éclatantes. Mais chez JP Mika, on perçoit une autre influence encore, à travers son goût des portraits : celle des photographes de studio comme Malick Sidibé ou Seydou Keita (Mali), qui magnifiaient toutes les générations dans les années 1960, à travers des mises en scènes pleines de fantaisie. Il ne manquait à ces images que la couleur : JP Mika y remédie ! Il partage avec Sidibé le plaisir de représenter les tissus, les coupes, les tenues parfois extravagantes mais toujours sur-mesure de ses contemporains, qui sont aussi leur dignité, tant ils les portent avec élégance. A Kinshasa, l’habillement a même atteint le rang d’art, avec la « SAPE », la Société des Ambianceurs et Personnes Elégantes », une mode vestimentaire née à la fin des années 1970, mélange détonnant et drôle de dandysme européen et de mode locale. JP Mika en vient même à peindre sur des tissus ou à se représenter en « sapeur » (représentant de la SAPE). Ce qui ressort de ses images, en tous cas, c’est bien une immense énergie, et ce n’est pas pour rien que la peinture qui a servi d’affiche à l’exposition se nomme « La joie c’est la joie ». La scène kinoise n’a pas dit son dernier mot. 
Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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