Avec Luna, guide conférencière
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Il faut bien des qualités pour exercer le métier de guide, outre la capacité à s’exprimer en public : la mémoire, le sens de l’adaptation, la patience, l’empathie, la curiosité, l’esprit de synthèse… et parfois, un brin d’originalité.
Dès les premières minutes de notre rencontre, j’ai compris que Luna Boissy - qui ressemble à un tableau de Mucha avec ses longs cheveux blonds - avait un tempérament à part et mille choses à raconter sur sa vie professionnelle. Energique, malicieuse et souriante, cette jeune guide sait transmettre sa passion pour la culture avec le plus grand naturel et un franc-parler déconcertant.

Les visites de Luna sur notre site

Luna, peux-tu nous raconter comment tu es devenue guide ?

Je suis un cas particulier…Ma scolarité a été très difficile, un vrai calvaire : j’étais à la fois gauchère et dyslexique, et les profs m’ont fait des misères, en me disant que je n’arriverais jamais à rien. Et puis j’ai intégré un lycée autogéré, un de ces lycées qui donnent leur chance à des élèves en difficulté, et qui peuvent être fiers de leurs bacheliers. J’ai eu le bac, et j’ai enchaîné sur un BTS tourisme, une licence d’histoire et histoire de l’art. Ensuite, quelqu’un m’a donné ma chance à Meaux. J’ai alors compris que je ferais ce métier ! Je suis très fière de mon parcours, parce que j’ai du batailler. Plus jeune, je me croyais incapable de parler en public, alors que je suis de nature sociable et extravertie. Mais l’école m’a fait douter de mes propres capacités, et je me suis repliée sur moi-même !

Je confirme, tu as beaucoup de mérite et tu n’as aucun mal à t’exprimer, au contraire, on voit que tu y prends plaisir

Absolument, et d’ailleurs aujourd’hui je suis tellement à l’aise à l’oral que ça me surprend moi-même, parfois. Ce qui est sûr, c’est que j’ai toujours aimé le contact avec les gens. C’est pour cela que je déteste les systèmes d’oreillettes et les cars touristiques : j’aime m’adresser à mon groupe en « face-à-face », capter l’attention de chacun. Le tourisme de masse, très peu pour moi ! Je refuse aussi de faire des visites en anglais : pour moi, c’est plus simple et plus évident de transmettre sa passion dans sa langue maternelle. 

Je perçois une petite pointe d’accent dans ta voix, tu es de quelle origine ?

Alors, ça me fait rire, tout le monde me dit ça, depuis que je suis petite, je ne sais pas du tout d’où ça vient…mes parents sont français et moi aussi, c’est très mystérieux !  J’ai quand même une hypothèse : c’est peut-être du à mes anciens problèmes de dyslexie, qui me donnent une prononciation particulière de certaines syllabes.

Qu’est ce que tu préfères dans ton métier ?

Ma grande fierté, c’est de raconter la grande guerre à des personnes âgées et de leur apprendre des choses (ce n’est pas moi qui le dis !). Il arrive que je voie le même groupe au cours d’une journée, au fil de différentes visites organisées. C’est souvent le cas à Meaux, où je suis très active : je fais visiter la Cité épiscopale, le Musée de la Grande Guerre, j’explique la fabrication du Brie et à une époque je commentais aussi les coulisses du spectacle historique local. Les gens n’en revenaient pas de me voir partout ! En règle générale, ils sont souvent impressionnés par la quantité d’informations que je retiens, et j’avoue que ça me fait très, très plaisir, au vu de mon parcours scolaire. J’aime aussi les moments de complicité qu’il peut y avoir avec les visiteurs, notamment par le biais de l’humour. Mes collègues s’étonnent par exemple que je fasse rire les gens au musée de la première guerre mondiale. Certes, l’histoire de la première guerre mondiale est horrible, mais en racontant des anecdotes, on parvient à intéresser le public, et à lui raconter la grande histoire en utilisant des histoires individuelles et des détails. Ce sont des histoires humaines, et ce sont ces éléments universels qui nous relient à l’histoire, après tout.

As-tu des « publics » de prédilection ?

J’ai un très bon contact avec les scolaires et avec les personnes âgées en général. Je suis très attentive, avec les enfants, à ce que personne ne soit laissé-pour-compte. Pour les personnes âgées c’est appareil, j’ai envie que tout le monde m’entende bien et soit à son aise. Mais quel que soit le public, j’aime faire plaisir aux autres en divulguant un savoir de la façon la plus claire et la plus plaisante possible.

Est-ce qu’il y a un côté « comédien » dans le métier de guide ?

Je n’y pense pas vraiment, mais oui un peu, dans le sens où il faut quand même se mettre en scène et capter l’attention d’un public…Et d’ailleurs je me souviens un jour d’avoir eu une prise de conscience terrible par rapport à ça : je faisais visiter Vaux-le-Vicomte, je me retourne et je vois ce groupe d’une trentaine de personnes qui me suit et qui m’écoute : sur le moment, ça m’a paru très étrange et j’ai eu un peu le trac !

J’ai vu que tu faisais visiter le musée de la gendarmerie à Melun et le musée de la grande guerre à Meaux, est-ce par goût personnel? As-tu une période historique de prédilection, un style d’art ou d‘architecture préféré ?

Le côté « militaire », c’est complètement par hasard, au gré des opportunités professionnelles, mais j’ai appris à m’y intéresser. Dans ma famille, on est plutôt pacifistes, voire hippies sur les bords, et c’est un comble que je sois devenue experte de ces sujets ! Je fais aussi beaucoup visiter les châteaux : Versailles, Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau…
Par ailleurs, j’aime beaucoup l’époque médiévale, l’art gothique et les vitraux. Ce côté aérien et raffiné, en particulier dans le gothique flamboyant, c’est d’une telle beauté…Et je suis une fan inconditionnelle de l’art nouveau, comme mon papa, qui a d’ailleurs ouvert le premier site de référence en la matière. (lartnouveau.com). Comme disait Viollet le Duc (célèbre architecte du 19è siècle  qui a restauré de nombreuses constructions médiévales et posé les bases de l’architecture moderne, NDLR), « Les gothiques n’avaient pas tout dit » !
Avec mon association, « Une petite promenade étoilée », je propose entre autres des visites du Paris Art Nouveau, avec les immeubles du 16èarrondissement, les stations de métro ornementées par Guimard…

Comment prépares-tu tes visites ?

J’ai besoin d’un maximum d’informations, donc je rassemble tout ce que je peux. Ensuite je fais des visites avec d’autres guides, pour bien comprendre l’espace. Puis je note tout, absolument tout, car j’ai une mémoire très visuelle. Puis au fil des visites, de ce que l’on me dit, de ce que j’apprends, je fais des ajouts, des modifications.

Des conseils pour nos lecteurs, en termes de visites, à Paris ou ailleurs ?

Les miennes (rire) ! Blague à part, je conseille de visiter les quartiers avec un pro, qui est en mesure de vous montrer tout ce que vous ne voyez pas, et de vous raconter la petite et la grande histoire au fil d’une balade. On apprend beaucoup plus comme ça que dans un car avec des dizaines de personnes !


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