Aux origines de la magie Mucha
Aucune image ne résume mieux l'esprit Art Nouveau qu'une affiche ou un dessin d'Alfons Mucha, aux douces couleurs pastel. L'artiste d'origine tchèque, qui travailla longtemps à Paris puis aux Etats-Unis, a en effet créé des images dont l'influence reste manifeste au 21e siècle, dans le monde de la décoration, du design et de la publicité. Ses femmes voluptueuses, les cheveux détachés et mêlés de fleurs, vêtues de robes richement brodées ou de tuniques à l'antique aux plis infinis, offrent un instantané de l'environnement esthétique de la fin du 19e siècle ; c'est une époque d'expansion économique, déjà les débuts de la société de consommation, avec l'industrialisation et l'apparition des grands magasins, mais aussi une période d'intense créativité qui célèbre la beauté et l'harmonie en s'appuyant sur la perfection des formes de la nature.

C'est en effet dans les fleurs, les plantes, les paysages et les saisons que tous les créateurs de l'Art Nouveau puisent l'inspiration, qu'il s'agisse de Mucha, de Gaudi en Espagne, de Tiffany en Grande-Bretagne ou encore de Klimt en Autriche. Avec ses arabesques, ses volutes, ou ses lettres stylisées sur des affiches de théâtre ou des publicités, Mucha fixe de nouveaux codes, invente un nouveau langage pictural tout en séduction, destiné à plaire au plus grand nombre. Les marques ont bien compris qu'en faisant appel à lui, leurs produits prenaient du galon, s'élevant presque au rang d'art… les hommes et les femmes se prennent à rêver de ces héroïnes sublimes, et associent la marque à une forme d'idéal – préfigurant le recours systématique à l'image du corps des femmes, si possible dénudées, au fil du 20e  siècle et jusqu'à aujourd'hui, dans une sorte de manie publicitaire souvent sexiste.

Une des stars de l'époque, Sarah Bernhardt, la grande comédienne de théâtre, doit beaucoup à Alfons Mucha : à la fin du mois de décembre 1894, il se trouve chez un imprimeur (il travaille à l'époque pour divers journaux illustrés). C'est là qu'il apprend que Sarah Bernhardt  cherche à faire réaliser une affiche pour son nouveau spectacle, Gismonda, qui raconte la vie d'une duchesse athénienne du 15e siècle. Mais les illustrateurs habituels lui ont fait faux-bond : l'imprimeur suggère donc le nom de Mucha, qui s'exécute en quelques jours, et produit un travail magnifique, très apprécié par la commanditaire : sur l'affiche de 2 mètres qui fleurit dans tout Paris le 1er janvier 1895, la comédienne apparaît majestueuse, comme une reine ou une Sainte – son visage est mis en valeur par un riche décor de mosaïques dorées de style byzantin, tandis que son nom est délicatement calligraphié dans une sorte d'auréole. Sa longue robe se détache sur un fond blanc : elle fourmille de détails brodés et invite les passants à l'admirer de près.

Le succès de l'affiche est tel que des vandales essaient de la voler ou de la découper. Elle est réimprimée plusieurs fois, et Mucha est embauché par la comédienne pour les 6 années qui suivent. La légende dorée de Sarah Bernhardt ne serait pas la même sans sa rencontre avec l'artiste ; de même, la carrière de Mucha – qui deviendra par la suite le peintre magistral qu'il avait toujours rêvé d'être, avec son Epopée slave - n'aurait certainement pas connu la même tournure sans le soutien de Sarah Bernhardt.  


Mes Sorties Culture / Sonia Zannad

szannad@messortiesculture.com 
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