Une mystérieuse fleur des champs
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Le nom de Louis Janmot ne vous dit peut-être rien, mais ce peintre et poète fut pourtant un précurseur du symbolisme (un mouvement artistique français de la fin du 19e siècle qui accorde une grande importance à la spiritualité, à l'imagination et aux rêves) et du préraphaélisme (une confrérie de peintres anglais qui vouaient un culte à la peinture de la Renaissance italienne antérieure à Raphaël), et ce portrait  (Fleur des Champs) est un concentré de son style raffiné et plein de mystère. Au premier abord, on pourrait croire à un tableau Renaissance : support de bois, visage de Madone, plissés savants du vêtement et paysage montagneux en arrière-plan... En réalité il n'en est rien : Janmot est un peintre lyonnais du 19e siècle. Il reprend à son compte certaines techniques et une certaine esthétique héritée de la Renaissance italienne ; mais c'est là une réinterprétation toute personnelle et bien plus tardive, mélange de légèreté et de gravité, de sujet païen et d'évocation religieuse.

Baudelaire parlait de ce tableau en ces termes :

« Outre que le modèle est très beau et très bien choisi, et très bien ajusté, il y a dans la couleur même et l'alliance de ces tons verts, roses et rouges, un peu douloureux à l'œil, une certaine mysticité qui s'accorde avec le reste. Il y a harmonie naturelle entre cette couleur et ce dessin. »

Les couleurs sont au coeur du projet : fleurs et feuillages répondent aux coloris du vêtement de la jeune femme. De ce modèle, d'ailleurs, on ne sait rien ; il s'agit peut-être du fruit de l'imagination de Janmot, qui en fait l'allégorie des Fleurs des champs. Délicates et fragiles, elles viennent ponctuer tout  l'espace ; on les retrouve aussi dans les mains et sur la tête du modèle.

Le choix des fleurs s'explique aisément : Janmot sacrifie ici à la composition florale en peinture, qui était alors très à la mode à Lyon. Son originalité, c'est qu'il ne choisit pas de représenter de belles fleurs cultivées et sophistiquées, mais de petites fleurs cueillies au bord du chemin, dont on sait qu'elles ne durent pas. Voilà qui peut expliquer l'expression mélancolique de cette jeune femme, qui prend conscience du caractère éphémère de la jeunesse au moment même où elle la savoure....

On a envie de déclamer avec Ronsard :

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu, ceste vesprée,
Les plis de sa robe pourprée.
Et son teint au vostre pareil. 

Pour voir le tableau en entier, cliquez ici


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