Persona, étrangement humain
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Surprenante, dérangeante, surpeuplée (d'objets), l'exposition Persona, au musée du Quai Branly, est tout cela à la fois. A découvrir en ce moment et jusqu'au 13 novembre 2016. On y était, on vous raconte!  

Qui n'a jamais pesté contre son ordinateur, surpris un enfant qui s'adressait à sa poupée ou à son doudou, remercié son lave-vaisselle? 
Des comportements humains tout à fait normaux, qui révèlent notre grande sociabilité et notre propension incontrôlable à doter les objets inanimés de qualités humaines, d'intentions, voire de sentiments, et qui nous permettent d'interagir avec eux. Pour nous, ces objets sont autant d' "êtres" qui peuplent notre univers et, pourquoi pas des "personnes" ou en tous cas des "personas". Une persona, c'est une personne fictive : nous savons qu'elle n'existe pas mais notre imagination se plaît à la figurer et à envisager des moyens de la représenter.

C'est sur ce thème très riche, mêlant art, psychologie, sciences cognitives, anthropologie et robotique, que se penche l'exposition Persona. Le visiteur y est invité à explorer aussi bien les superstitions humaines que l'expression artistique de la représentation d'êtres plus ou moins humains, plus ou moins artificiels, plus ou moins réalistes.

Les êtres invisibles
 
A travers objets rituels, chamaniques et autres objets de divination issus des traditions du monde entier, l'exposition propose un voyage inédit au pays de l'invisible. Ici, des photographies d'"aura", aux couleurs psychédéliques ; là, les étonnantes expériences d'Edison (inventeur de la lampe à incandescence) qui croyait dur comme fer que l'électricité permettrait un jour de détecter des présences surnaturelles...
L'homme, en somme, ne peut pas s'empêcher de fantasmer des présences invisibles. D'ailleurs, l'origine étymologique de "fantasme" n'est autre que..fantôme!
Côté fantômes, justement, l'exposition réserve une surprise de taille, spéciale détectives du surnaturel : une valise de chasseurs de fantômes belges, datant du début  du 20è siècle. Stéthoscope, thermomètre, OuiJa (jeu de divination pour communiquer avec l'au-delà), talc pour relever les empreintes digitales, lampe de poche..rien n'y manque! ne serait-ce que pour cette vitrine exceptionnelle, l'exposition vaut le détour. 

La Vallée de l'étrange

Les robots et l'intelligence artificielle sont de plus en plus capables d'imiter le fonctionnement et le comportement des humains, et nous secondent chaque jour davantage dans nos vies, depuis le portable juqu'à la domotique, en passant par le robot aspirateur. D'ailleurs, les robots humanoïdes, qui miment les réactions humaines, provoquent un fort sentiment d'empathie. Se pose dès lors la question du réalisme : quand les frontières se brouillent entre l'humain et le non-humain, cela peut provoquer un étrange sentiment de malaise, théorisé par le roboticien japonais Masahiro Mori, qui nomme ce phénomène "la vallée de l'étrange'. Il a observé, en effet, qu'une créature artificielle trop "ressemblante" mais dont nous devinions tout de même qu'elle n'était pas humaine pouvait fortement nous déstabiliser : notre cerveau a du mal à comprendre de quoi il s'agit, et à traduire comment se comporter, interagir avec cette "créature". Paradoxalement, donc, nous pouvons nous sentir "proches" d'une statue ou d'une peinture peu réaliste de visage humain, alors qu'un robot trop parfait nous mettra mal à l'aise...

Une exposition passionnante à découvrir au musée du Quai Branly.
Attention, certains objets peuvent heurter la sensibilité des jeunes spectateurs. 


Sonia Zannad / Mes sorties culture

Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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