Mohamed Kahouadji et ses créations psychédéliques
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Mohamed Kahouadji, 37 ans, partage ses semaines entre son activité de peintre et celle de chirurgien, du côté de Saint-Nazaire, où il expose régulièrement. Ses portraits d’animaux psychédéliques de très grands formats en tondi (toiles rondes) nous ont tapé dans l’œil ! Des images saturées de couleur qui jouent avec des apparences ultra séduisantes pour nous rapprocher de figures plus inquiétantes qu’il n’y paraît.  

MSC : Une question un peu bateau, mais qu’on se pose forcément : y a t il des points communs entre l’
activité de chirurgien et celle de peintre ?

MK : Oui, pour moi c’est évident : entre l’acte chirurgical et le fait de peindre, entre le scalpel et le pinceau, il y a une même recherche du beau geste, une même précision, une même intention de bien faire.

J’ai cru comprendre que tu avais commencé à peindre « sur le tard
 » ?

Je dessinais beaucoup, déjà au lycée, mais a priori, ce n’est pas facile de vivre de son art… Alors j’ai choisi de poursuivre des études de médecine, et j’ai mis la peinture de côté. Ensuite, les hasards de la vie et de la géographie ont fait que j’ai finalement obtenu un poste à mi-temps (en tant que stomatologue), ce qui me laisse le temps de peindre. J’ai commencé dans mon salon, en 2008. Et assez rapidement, je me suis retrouvé à participer à des concours, puis une galerie s’est intéressée à mon travail à Angers, la galerie Bréhéret. En 2013, une galerie parisienne a remarqué mon travail, j’ai participé au salon de Montrouge, où j’ai obtenu le prix des enfants (le prix Kristal, NDLR).  

En sculpture, quel est le premier dé
fi que tu t’es imposé ?  

J’ai eu envie de créer un origami-sculpture ! Ma première sculpture, c’était une grenouille de 70 cm de large sur autant de long. Je voulais que ça soit moderne, en recréant l’illusion du pliage, du papier. Je suis passé par une modélisation 3D, pour obtenir finalement cette sculpture-pliage en inox microbillé, couverte de peinture céramique haute température.  

Tu as intitulé ta dernière œuvre, qui représente un Poutine coloré et d’apparence inoffensif, « 
das ist nicht modern » : quel message veux-tu faire passer ?  

Ce qui est à la mode en ce moment, c’est la performance artistique…ça ne coûte pas cher ! L’art contemporain d’aujourd’hui s’intéresse peu à la peinture figurative. En disant « das ist nicht modern » (« Ce n’est pas moderne », NDLR), je tiens à souligner que ce n’est pas contemporain, c’est de la peinture…Aujourd’hui, ce qui est figuratif n’est pas à la mode. Un tour au Palais de Tokyo permet de le vérifier ! Je m’inscris presque dans une forme d’archaïsme, de classicisme en tous cas : la peinture animalière, le portrait…  

Comment en es-tu arrivé à ce vocabulaire pictural 
?

J’ai travaillé, essayé des peintures, des couleurs, des palettes et j’ai essayé de trouver quelque chose qui me plairait. Picasso disait qu’il peignait les toiles qu’il aimerait avoir chez lui ! J’essaie d’en faire autant.  

Et quelles sont tes sources d’inspiration, les peintres que tu aimes 
?  

J’ai un goût particulier pour l’art du 20è siècle, et de la fin du 19è. J’adore Picasso bien sûr. Je suis toujours frappé par la vision d’un Monet de loin, la précision de l’image, tandis que de près on voit ces « pâtés » de peinture. Il y a dans ses toiles une luminosité incroyable. Et surtout elles ont ce côté  intemporel. Parmi mes autres sources d’inspiration, il y a Gérard Fromanger : je me reconnais dans le mouvement de la figuration narrative.  

Pour quelles raisons ?
 

Il y a dans ce mouvement un engagement esthétique et politique intéressant. De même, dans « Vivre et laisser mourir » un ensemble de huit tableaux réalisés par Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati. Cet ensemble est aussi appelé « la fin tragique de Marcel Duchamp » et s’attaque déjà à l’art conceptuel. Mais j’ai plein d’autres influences : Ron English, Marc Ryden et Victor Castillo en peinture dans une veine pop surréaliste ; Felice Varini, Daniel Buren et François Morellet pour les installations et sculptures dans une veine plus minimaliste….  

Mohamed Kahouadji est représenté par la Galerie Breheret
et vous pouvez voir certaines de ses œuvres sur son site
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