Les grands Bleus de Miró
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L’un des fondateurs du surréalisme, André Breton, décrivait Miró comme « le plus surréaliste d’entre nous » (sous-entendu, nous, les surréalistes). Même si le peintre catalan refusait catégoriquement de se laisser enfermer dans un mouvement - quel qu’il soit -, il est vrai que sa liberté picturale en fait un véritable poète visuel, l’inventeur d’un langage nouveau, qui a ses propres codes, sa grammaire, ses rythmes et sa ponctuation. Un langage qui n’est ni abstrait ni figuratif, mais poétique.   En mai 1961, l’artiste réalise un grand tryptique : Bleu I, Bleu II et Bleu III, dans son atelier flambant neuf de Palma de Majorque. Il faut le préciser car la taille de ce son second atelier, imposant et lumineux (construit par l’architecte Josep Lluís Sert, ami personnel du peintre) a compté dans la conception de ces toiles géantes.  

Disposées dans une grande salle dont elles occupent presque intégralement trois murs, ces Bleus invitent au recueillement. Tous les visiteurs s’arrêtent et les contemplent longuement en silence, selon différents angles. Impossible, devant ces œuvres, de ne pas se sentir happé par le bleu, la simplicité des formes, le dépouillement extrême de l’ensemble. Le bleu, pour Miró, c’est la couleur des rêves. Avec ces trois toiles, il nous entraine dans ses rêves, ses espoirs, la beauté pure des formes et des couleurs. Il rafraîchit notre regard, sans rien imposer. Les lignes sont simples jusqu’à l’épure. Les couleurs éclatantes comme si elles venaient d’être peintes. L’artiste y apparaît dans la plénitude de son génie, et dans le même temps d’une immense modestie. Il aimait dire qu’il peignait comme le peintre cultive son jardin ; ici, le visiteur est happé par la méditation visuelle d’un jardin japonais : un galet, une trace dans le sable, presque rien. Presque rien, mais l’essentiel ! L’émotion qui saisit les visiteurs est palpable, et ne saurait mentir.  

Ce travail a demandé à Miró une grande préparation intérieure. Il s’est d’ailleurs conditionné, avant d’attraper son pinceau, comme il aurait accompli un rituel. Il le dit d’ailleurs : «  J’ai mis beaucoup de temps, pas à les peindre, mais à les méditer. Il m’a fallu un énorme effort, une énorme tension intérieure, pour arriver au dépouillement voulu. » Mais une fois l’idée formée dans son imagination, la connexion établie avec ce monde connu de lui seul, cet espace infini, il ne lui faudra qu’une journée pour « accoucher » de ces trois toiles magistrales !   Faire simple, peindre une évidence avec la plus grande économie de moyens : voilà qui demande beaucoup de talent et une personnalité hors-normes, digne des grands mystiques.    

En ce moment, vous pouvez voir Bleu I, Bleu II et Bleu III à l’exposition que le Grand Palais consacre à Miró . Mais en temps normal, ils sont exposés au centre Pompidou.    

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