Le secret de Michel-Ange
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En juin 1755, Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) publie les Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture, son premier livre, qui connaîtra un grand succès. Il y dévoile notamment un « secret » de fabrication des sculptures de Michel Ange… Un secret qui permet de mieux comprendre sa maîtrise parfaite des proportions et la beauté des détails de ses sculptures, dont les plus connues sont sans doute la Pietà (visible dans la basilique Saint-Pierre de Rome) et son David  exposé dans la galerie de l’Académie de Florence - la statue qui se trouve devant le Palazzo Vecchio ,photographiée à longueur de journée par les touristes, n’est qu’une réplique de l’original.  

Mais ce secret, alors ? Il s’agit en réalité d’une technique astucieuse : le sculpteur réalisait d’abord sa sculpture en miniature, et la plongeait (couchée) dans un récipient plein d’eau. Il laissait émerger une petite partie de la figurine (par exemple, le genou, s’il était plié vers l’avant) et commençait ainsi à travailler le marbre pour dégager ce genou de la matière. Puis il vidait peu à peu le récipient, afin de faire émerger de plus en plus la figurine, et d’avancer parallèlement dans sa sculpture en prenant cette miniature plongée dans l’eau pour modèle.  Winckelmann décrit l’opération ainsi :  

« Michel-Ange prenait un vase plein d’eau, dans lequel il plaçait son modèle de cire, ou de telle autre matière dure; de manière que les parties les plus élevées du modèle saillaient seules hors de l’eau, et que les autres en étaient couvertes. Il continuait cette même opération, en faisant baisser la masse de l’eau jusqu’à ce que le modèle entier se trouvât à découvert. »  

Pour ma part, je trouve cette idée à la fois extrêmement simple et complètement géniale : on comprend mieux, avec cette image en tête, la magie de la sculpture, de la figure qui prend forme, qui « sort » du bloc de marbre. Mais pour y parvenir, il faut tout de même le génie et les mains  d’un Michel-Ange. D’ailleurs, on dit de lui qu’il pratiquait le « non finito », que ses œuvres étaient inachevées, car elles laissent souvent paraître un morceau de marbre brut (souvent, au pied de ses sculptures). Comme pour mieux montrer que l’art s’extirpe de la matière, et pour démontrer sa maestria. En somme, une signature pleine de panache !        

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