La Mulâtresse Solitude, femme rebelle, combattante contre l'esclavage
Credits image :
En 1999, une statue de femme, fière, les mains sur les hanches, est dressée à sa mémoire au carrefour de Lacroix, sur le boulevard des Héros aux Abymes, quartier de Baimbridge, à la Guadeloupe. Mais qui est-elle ?


La mulâtresse Solitude est une figure historique de la résistance des esclaves noirs de la Guadeloupe et fait partie des femmes dite une fanm doubout, pendue à l'âge de 30 ans.

Son nom de naissance est Rosalie. Sa mère est capturée en Afrique. Violée sur le bateau négrier qui l’emmène en Guadeloupe, elle tombe enceinte. Esclave, elle met à jour, vers 1772, une petite fille appelée Rosalie. Rosalie est surnommée « la Mulâtresse » à cause de sa peau claire. Elle vit les 8 premières années de sa vie avec sa mère. Cette dernière l’abandonne en s’enfuyant.

A son adolescence, elle choisit de lutter contre l'esclavage, devient « nègre marron ». Elle rejoint la communauté marronne retranchée dans les mornes de Goyave, dirigée par un certain « Moudongue Sanga ». C’est auprès de cet homme que Solitude comprend réellement la condition des siens. Malgré sa couleur très claire, elle réussit à s’intégrer et prend alors le nom de Solitude. Ce commencement de liberté la grise.

1794, 1ère abolition de l’esclavage
 
1789, la Révolution française éclate. La révolution française répand dans ses colonies les grandes idées égalitaires qui ont conquis le peuple de la métropole.

De 1789 à 1802, la Guadeloupe vit intensément les différentes phases de la Révolution car, mis à part une très brève période d’occupation anglaise en février-mars 1794, elle reste constamment française, alors que la Martinique es occupée par les Anglais de 1794 à 1802. Les idées et les classes sociales se heurtent avec une violence d’autant plus grande que la masse des esclaves pose un redoutable problème.

1793, la répercussion des événements de France (l’octroi de droits civiques aux noirs libres et aux hommes de couleur) entraînent des soulèvements d’esclaves noirs.

Le 4 février 1794, à la suite des pressions organisées par la « société des amis des noirs » et d’humanistes comme l’Abbé Grégoire, la convention proclame l’abolition de « l'esclavage des nègres dans toutes les colonies ».

 Le 7 juin 1794, Victor Hugues, gouverneur envoyé par la métropole, annonce à la population le vote par la convention de l'abolition de l'esclavage.

L’esclavage est alors aboli en Guadeloupe. L’esclavage n’est pas aboli en Martinique, encore sous contrôle des Anglais.

Solitude prend goût à la liberté
 
C'est à la révolution française, avec la première abolition de l'esclavage, que les noirs des colonies, esclaves et non-esclaves, prennent goût à la liberté.
Solitude fait partie de ceux-là. Solitude rencontre un esclave récemment venu d’Afrique, avec qui elle connaît l’amour.

1802, rétablissement de l’esclavage
 
Mai 1802, sensibilisé aux problèmes de l’économie sucrière par son épouse, Joséphine de Beauharnais, fille de colons martiniquais et traumatisé par l’exemple du général haïtien Toussaint Louverture qui, en1800, prend le contrôle de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte envoie le général Richepance en Guadeloupe à la tête de 3 500 hommes pour rétablir l’esclavage.

Un conflit éclate entre les troupes Napoléoniennes et des bataillons noirs, menés par les officiers noirs Joseph IGNACE et Louis DELGRES. Ces bataillons noirs sont soutenus par une partie de la population et par les « nègres marrons ».

Solitude se bat contre le rétablissement de l’esclavage
 
Aux côtés des hommes qui se battent contre le rétablissement de l’esclavage, de nombreuses femmes se battent aussi, transportent les munitions, soignent les blessés… Figure féminine de cette insurrection, Solitude, enceinte de quelques mois de son compagnon, qui se bat comme elle, rejoint le combat. 

Solitude fait partie de ceux qui soutiennent et se battent aux côtés de Joseph IGNACE et Louis DELGRES.

Après 18 jours d’un combat inégal, acculés par l’ennemi, Louis DELGRES et ses troupes se retranchent au Matouba et minent la demeure où ils sont, dans un ultime sacrifice, préférant « La mort plutôt que l’esclavage ! ». Le 28 mai, la maison où sont retranchés entre 300 et 500 hommes, explose à l’approche des soldats de Richepance, entrainant leur propre mort, mais aussi celles de quelques ennemis.

Survivante de la bataille du 8 Mai 1802, Solitude assiste aux morts héroïques de Joseph IGNACE et de Louis DELGRES et de leurs hommes.

Mais en route pour rejoindre le reste de la résistance, elle est capturée et emprisonnée. Elle aurait dû être exécutée, mais les colons, qui la caricaturaient en la présentant comme folle, attendent son accouchement pour « rapporter 2 bras de plus à une plantation » et ensuite la supplicier. 

Elle est exécutée par pendaison le lendemain de son accouchement, le 29 novembre 1802. Elle a trente ans.

L’esclavage sera aboli dans les Antilles Françaises en 1848.
 
En 1972, André Schwarz-Bart a écrit un roman à partir de sa vie : La mulâtresse solitude

N’hésitez pas à aller en Guadeloupe, vous imprégner du poids de l’histoire : http://www.lesilesdeguadeloupe.com

Vous aussi, publiez vos propres articles
sur TartinesDeCulture !
Je m'inscris