Giorgio Morandi, artiste du confinement ?
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 « Certains peuvent voyager à travers le monde et ne rien en voir. Pour parvenir à sa compréhension, il est nécessaire de ne pas trop en voir, mais de bien regarder ce que l’on voit » (Giorgio Morandi).

 Les natures mortes de Giorgio Morandi - l'un des peintres italiens les plus importants du XXe siècle – font étrangement écho à la situation actuelle. Confinés, nous sommes entourés d'objets familiers, et notre horizon se limite à l'intérieur ; l'intérieur de nos appartements, de nos maisons, de nos chambres, l'intérieur de nos boîtes crâniennes, sans échappatoires.

Cette réalité qui peut sembler limitée, Morandi nous invite à lui offrir un regard plus profond, à en saisir les nuances les plus subtiles, à en faire les témoins et les supports de nos émotions. Et peut-être à les regarder comme si nous les découvrions, avec "l'esprit du débutant" comme on dit dans les pratiques de méditation. 

C'est bien d'une vie confinée que témoignent ses toiles ; Morandi, éternel célibataire surnommé "le moine", vécut de 1910 à 1964 dans le même appartement de Bologne, avec ses trois sœurs. Il ne quittait son atelier que pour aller enseigner à l'académie d'art toute proche, et ne fit que de rares voyages, et seulement dans son pays natal. 

Avant de peindre, il prenait tout son temps pour sélectionner des objets  dans l'atelier (il se visite toujours, et on pourrait croire que l'artiste a quitté les lieux la veille), les agencer, les réagencer, jusqu'à trouver une mise en scène qui lui semblait équilibrée. Dans ce processus, la peinture n'était qu'une étape finale, comme la concrétisation d'un temps de contemplation distendu à l'infini.

 A l'image du calligraphe ou de celui qui prépare un mouvement de tai-chi, la forme visible de l'art de Morandi n'en représente qu'une infime partie.  Il ne cherche pas l'image parfaite mais le geste parfait, le trait essentiel Ces images sont donc des concentrations, des condensés de réalité, des blocs de réflexion et de subjectivité. Si, en français, on parle de "natures mortes",  je préfère l'expression anglaise de "still life", ou "vie arrêtée", vie suspendue, concentré de vie. "Still life", cela peut signifier qu'il y a encore de la vie - malgré les apparences. 

Images tranquilles mais pas immobiles

De loin, toutes les toiles de Morandi ont l'air semblables ; on pourrait penser qu'elles ne représentent rien de significatif. Mais une fois que vous entrez dans l'une d'elles, que vous prenez le temps de vous laisser envelopper par leur atmosphère intime, tout devient nuance, et tout se répond dans un subtil jeu de relations, d'ombres et de lumière. 

Le peintre, dans ses natures mortes impénétrables, peuplées d'objets opaques et denses, nous parle de simplicité, d'humilité, de solitude, mais aussi de la présence de l'infini dans la banalité, de l'exploration sans fin des limites de la perception humaine et d'une réinterprétation possible du réel, de ce que l'on croit connaître. Il ouvre une voie vers l'abstraction, l'essence de l'être, la capacité à percevoir la beauté partout, même quand on s'en croit privé, à retrouver du relief dans une vie à plat.   

Un vase, un pot et une bouteille posés sur un drap de lin : un monde en soi, un monde à soi.   

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