Menthe poivrée, avec modération
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Une table en bois avec un drapé de nappe blanche et bleue. Y sont disposés une belle bouteille verte en verre, une carafe en verre dans laquelle se reflètent des fruits, un verre à pied, plusieurs fruits. La bouteille et la carafe sont au centre de cette composition. La bouteille porte une étiquette rouge cramoisi. Ne vous rappelle-t-elle rien ? Pourtant vous en avez peut-être dans votre bar à liqueurs !

Contenant une plus forte concentration de menthol que les autres variétés de menthe, la menthe poivrée est partout (chewing-gums, dentifrices, bonbons, glaces...), la sensation de fraîcheur instantanée étant sans aucun doute la raison de sa popularité ! Votre rédacteur l’apprécie beaucoup en infusion les soirs de grand froid.

La menthe est connue et utilisée depuis des siècles, son utilisation remontant à l'Antiquité. On l'utilise alors dans des breuvages médicinaux ou comme aromate pour les vins et plats. La plupart des espèces de menthe nous viennent des pays européens hormis la menthe poivrée, qui serait originaire d'Asie.

Au 17e siècle, le botaniste anglais John Ray (1627-1705) reçoit un échantillon de menthe, celle-ci étant différente des variétés connues à l’époque. Il la nomme "peppermint" (ou "menthe poivrée" en français) par référence à son odeur et à sa saveur. En 1753, au début de la nomenclature moderne, Linné reconnait "Mentha piperita", une menthe pourvue d'une forte saveur piquante, comme une espèce à part entière.

La menthe poivrée est actuellement l’une des menthes les plus étudiées pour ses propriétés médicinales. Sur le plan culinaire, en Grande-Bretagne, elle est associée au chocolat dans les célèbres "After Eight" et utilisée dans la confection de quelques plats en y mettant de la "mint sauce" qui s'obtient en hachant finement la menthe poivrée dans du vinaigre et du sucre. So British !

Restons français et… chauvins. En 1796, François Pons, botaniste et distillateur à Revel en Haute-Garonne, crée une crème de menthe alcoolisée. Cette crème de menthe se retrouve dans votre placard à liqueurs sous le nom de "Get 27", l’entreprise ayant été rachetée par les frères Get qui lui donne leur nom. C’est en 1860, dans une auberge de la région de Perpignan, en contemplant la lampe à pétrole posée sur sa table, que Jean Get trouve l’inspiration de la forme si particulière, aux formes si féminines, de la bouteille...

Au milieu du 19e siècle, ses présumées vertus anticholériques en font la boisson fétiche de la France continentale et des colonies où il y a encore beaucoup de graves épidémies de choléra. Rapidement adoptée par la marine qui y voit un moyen de protéger les troupes tout en soutenant leur moral, la boisson diffuse dans tout l'empire. Son âge d'or dure près d'un siècle... Mais à la décolonisation suit une longue descente aux enfers qui se poursuit jusqu'au rachat de l'entreprise par la société Bénédictine. Cette dernière revend finalement la marque à la société Martini Rossi qui est à son tour absorbée par le géant Bacardie.

Aujourd’hui, la mythique liqueur à la menthe poivrée, dont la recette est déposée dans le coffre d’une banque en Suisse, fait un retour en force dans les bars. Sec ou en cocktail, on retrouve le plaisir de le déguster (avec modération évidemment) pour ses saveurs. Ça reste encore une jolie machine à cash !

De nombreux artistes peintres ou publicitaires tombent sous le charme de la boisson et de son insolite bouteille.

Le premier tableau est une affiche publicitaire de Jules Chéret (1836–1932) réalisée entre 1896 et 1900. Le second tableau est de Paul Cézanne (1839-1906) et se nomme "La Bouteille de menthe poivrée". Peint entre 1893 et 1895, il est visible au National Gallery of Art à Washington.

N’hésitez pas à aller vous balader dans les musées et jardins de France pour en voir ! Comme au Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Le Musée d’Orsay possède une belle collection de toiles de Cézanne, leurs couleurs vous en mettront plein les yeux ! Ou bien asseyez-vous dans un jardin, prenez un bon livre.

Bernard Fauconnier est romancier. Son roman L'Incendie de la Sainte Victoire nous emmène dans le pays de Cézanne À la fin du 19e siècle, le peintre Paul Cézanne abandonne sur le bord d'un chemin une toile figurant la montagne Sainte-Victoire en flammes. En août 1989, la Sainte-Victoire est dévastée par un incendie. Pour Sarah et Thomas, un couple dont l'union vacille, cet événement est un moyen de faire resurgir le passé : le leur et celui de ce coin de terre détruit.

Bernard Fauconnier a également publié plusieurs biographies dont une sur Cézanne. N’hésitez pas à vous y plonger !


Bon cocktail (avec modération) ou bonne tisane !



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