Une exposition comme vous n’en avez jamais vue
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Abandonnez vos habitudes : l’exposition Carambolages saura vous surprendre… on a testé pour vous, on vous raconte !

Accident, télescopage, association d’idées, rapprochement, correspondances, références, billard à deux bandes…Autant de façons d interpréter le terme de "carambolage" qui donne son nom à la nouvelle exposition du Grand Palais.

Tout y est déroutant, et de même que le sens d’un texte se cache entre les mots, découvert à chaque lecture par le lecteur lui-même, il s'agit ici pour le visiteur de livrer sa lecture personnelle des œuvres et objets présentés ici dans un apparent désordre.

Apparent seulement, car par un effort d’attention (et grâce au talent de la guide conférencière !), l'on s aperçoit que ça et là se dissimulent des indices pour créer des liens entre les œuvres, Vous souvenez vous de la chanson enfantine « Trois petits chats, chapeau de paille, paillasson »?  C’est à ce même jeu d’enfant que vous êtes convié, passant d'une représentation de tête de cerf par Durer à un objet votif ou d'un dessin de Boucher à une photo de Man Ray. Les œuvres sont superbement mises en valeur, présentées sobrement par 4 ou 5 par travée sans aucun cartel : de simples tablettes sur le mur latéral font défiler chaque objet pour resituer leur origine historique et leur contexte.

Ainsi, Carambolages vous invite sans cesse à vous interroger sur ce que vous êtes entrain de regarder et accessoirement sur ce qui vous regarde... Car nombreuses sont les représentations humaines : des écorchés, des planches anatomiques, une tête momifiée, un oeil interrogateur peint sur une petite boîte, une sculpture de la tête de Descartes façon poupée russe, ou encore un portrait dont l’expression peut changer par un subtil jeu de mécanique. L’artiste lui-même, sa pensée créatrice, est partout à l’œuvre.

L’absence de liens chronologiques entre des œuvres placées côte à côte provoque quant à elle un autre trouble : impossible de deviner a priori si cette tête modelée est une œuvre contemporaine ou de quand date cet anorak du grand Nord en boyau de phoque.

En réalité, cette exposition supporte très bien l’analogie avec une recherche sur Internet, où de curiosité en requête, on finit très loin de ce qui faisait l’objet de notre première recherche. Et pourtant, les liens existent ! C’est ce qu’on appelle la « serendipité ». D’ailleurs, la créativité et l'intelligence humaines pourraient se résumer à cette capacité de tisser du sens entre les objets et les événements pour en produire sans cesse de nouveaux, dans une éternelle redécouverte et réinvention : un déploiement infini de savoir qui est aussi ce que produit la Toile (dans le meilleur des cas).

Carambolages offre aussi une belle leçon d’humilité, car parfois le sens se dérobe et les références nous manquent. Je ne comprends pas tout, je ne sais pas tout. Et alors ? Reste l’imagination pour inventer des histoires à partir de ce qui nous est donné à voir. Et puis cette démonstration du génie humain et de son universalité à travers les âges est étourdissante. Notre guide elle-même, femme d’expérience dont c’est la première visite de ce type admet y perdre son latin et enchaîne les lapsus comme autant de carambolages du langage :  «rocambolage », « Caravage » : la fantaisie s’invite dans la visite guidée.

Leçon de souplesse mentale et d’ouverture d'esprit maximale enfin, tant les œuvres supportent d’interprétations différentes (et il suffit pour cela d’écouter parler les autres visiteurs ; un autre jeu fort divertissant)

Vous l’aurez compris, la visite guidée est chaudement recommandée pour cette exposition, sans quoi vous risquez de passer à côté de son intérêt !

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