Une expérience hors du commun : Tino Sehgal au Palais de Tokyo
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  Avez vous déjà vu quelqu'un rire ou hausser les sourcils en regardant une vidéo sur son portable, ou en lisant, et ressenti une envie irrésistible de connaitre la cause de son hilarité ou de sa surprise, de voir de quoi il retournait ?   

L'exposition du britannique Tino Sehgal pourrait bien vous faire cet effet. Pour rentrer dans l'espace où tout se passe, il faut attendre longtemps. Plus d'une heure, souvent. Mais le jeu en vaut la chandelle car le cadeau est inestimable :  une trentaine de minutes de discussion avec des inconnus de tous âges qui livrent des anecdotes personnelles, s'ouvrent à vous (on pense aux performances de Sophie Calle ou à Marina Abramovic au Moma) et engagent la discussion le plus simplement du monde. « Je suis venue 3 fois et c'était chaque fois différent » me confie une jeune américaine dans la file d’attente.  

Mais comment parler d'une exposition comme celle-ci?  Ici pas d'installation, pas de sculpture, pas de peinture et encore moins de visites guidées. La matière qui passionne l’artiste, c'est l'humain ; ce qu'il veut donner à vivre, c'est une expérience.    

Tout commence par une énigme posée au visiteur par un(e) comédien(ne), dont la réponse prend la forme d'une danse. Chaque nouvel arrivant, ainsi accueilli, ouvre des yeux comme des soucoupes et sourit. Et c'est précisément l'objectif de Tino Sehgal qui veut titiller notre capacité d'étonnement, nous faire sortir de la gravité qui englue et du quotidien qui ennuie.    

Dans une exposition « classique » chaque visiteur vit une expérience différente, bien que les oeuvres exposées ne changent pas. Mais aujourd’hui, dans les 13 000 m2 du Palais de Tokyo, pas d'objets, pas d’images, seulement des comédiens dispersés dans tout le bâtiment, qui interagissent selon une chorégraphie et un timing connus d'eux seuls, laissant souvent la part belle à l'improvisation. Car il faut aussi s'adapter au public, tantôt timide, tantôt rentre-dedans. L’expérience de chacun devient alors unique, irremplaçable, inédite.  

Les frontières entre visiteurs et comédiens se brouillent assez vite. Vous faites partie de « l'exposition », les comédiens aussi, moi aussi. C'est un jeu collectif, et votre seule présence ici et maintenant change les données de l'équation.  

Pendant 2 mois et demi, de 12h à 20h, il se passe toujours quelque chose. Un débat, une danse, un choeur. Le monologue surréaliste d'une enfant dans une salle de théâtre digne de David Lynch. Ou encore, pour la partie la plus touchante, celle qui vous demandera une véritable implication personnelle, une balade parlée à travers les âges de la vie, qui évoque l’œuvre « 100 years » de Hans-Peter Feldmann.  

L'artiste ne propose volontairement aucune explication, pas de prospectus, pas de guide. « Alors c'est l'aventure totale ! » s'exclame guillerette une dame d'un certain âge avant de s'engouffrer derrière un rideau de perles sonore qui semble marquer le passage entre le monde « normal » et le monde des possibles.   L'art contemporain est parfois difficile d'accès : ici il n'y a qu'une barrière à franchir, celle de la curiosité.  

Au sous-sol, on entend une chanson a capella, un son doux et diffus. Après quelques instants, l’oreille s’habitue et l’on comprend que ce sont des personnes disséminées à travers tout l'espace qui chantent ensemble, mais sans se regarder et parfois sans se voir.  

Cela tient du happening, pour l'effet de surprise, et aussi de la méditation car autour de ces chanteurs-comédiens, les mouvements deviennent feutrés, le silence se fait.  

Une autre salle, toute proche, nous plonge dans le noir complet mais fait appel à d'autres sensations (il ne s'agit pas ici de déflorer toutes les surprises de cette exposition pas comme les autres).   Quel message tirer de cette expérience ? 

Tout simplement qu'il est bon parfois de cheminer hors de sa zone de confort, c'est à dire de se confronter aux autres, de de solliciter tous ses sens pour mieux appréhender le réel, s'ouvrir aux émotions relationnelles - et peut-être pour mieux rêver.   Jusqu’au 18 décembre au palais de Tokyo, tous les jours sauf le mardi de 12h à 20h
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