Les mystères de l'Angélus
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Pourquoi une scène d'apparence banale, peinte dans des tons sombres, est-elle devenue culte? L'Angélus est un tableau qui semble de prime abord très sage et réaliste. Il s'agit d' une scène de la vie paysanne peinte par Jean-François Millet (l'un des artistes de l'école de Barbizon, peintres privilégiant le paysage et la peinture en plein air aux environs de Fontainebleau) entre 1857 et 1859, qui évoque là un souvenir d'enfance. Issu d'une famille d'agriculteurs normands, le peintre se rappelle en effet que sa grand-mère interrompait ses travaux des champs quand retentissait la cloche de l'Angélus, pour appeler les croyants à la prière, le matin, à midi et le soir.

C'est exactement ce que fait ce couple, abandonnant son panier rempli de pommes de terre et ses outils pour honorer le moment. On aperçoit d'ailleurs un clocher au loin. Par la représentation de ce couple, la tête courbée pour se recueillir après une journée de labeur, l'image célèbre une vie simple et pieuse, du même genre que celle qu'il représente dans ses "Glaneuses". Rien de spectaculaire, donc, et pourtant cet Angélus est devenu un emblème national et une source d'inspiration.

Le tableau connaît un destin mouvementé : il change de propriétaire à de nombreuses reprises et son prix va progressivement battre tous les records de l'époque pour une peinture moderne. Tandis que l'industrialisation gagne du terrain, l'œuvre de Millet montre un monde en voie de disparition, et devient une sorte d'emblème national reproduit sur tous les supports possibles, jusqu'aux plus kitsch (cendriers, assiettes…) ; il est visible aujourd'hui au Musée d'Orsay.

Les visages des personnages sont plongés dans le noir par un effet de contre-jour, ce qui leur donne un caractère universel. Millet choisit de montrer la vie simple d'une classe pauvre : en leur donnant de l'importance, en les plaçant au cœur de la représentation, il leur confère une grande dignité.

Comme toutes les grandes œuvres, l'Angélus a inspiré d'autres artistes, à commencer par Van Gogh, mais aussi Salvador Dali qui en fit une véritable obsession, jusqu'à lui consacrer en 1963 un livre , "le Mythe tragique de l'Angélus de Millet". Dali y écrit que les paysans figurant sur le tableau n'étaient pas simplement en prière à la suite de l'Angélus, mais qu'ils se recueillaient devant un petit cercueil. Sur son insistance, le Louvre fait radiographier le tableau, ce qui révèle, à la place du panier… un caisson noir, que le peintre surréaliste interprète comme une confirmation de sa théorie.Mais sans aller jusqu'à imaginer un tel drame, l'émotion liée à la modestie et à la sobriété de la scène reste entière.

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