Femmes en embuscade
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Il est beaucoup question des femmes en ce mois d’octobre, du harcèlement qu’elles subissent, et de leurs voix qui s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour dénoncer ces violences réelles et symboliques dont elles sont victimes depuis trop longtemps. La culture n’est pas en reste, et un certain nombre d’expositions parisiennes permettent en ce moment d’approcher l’art conjugué au féminin.  

« Femininities » à la maison Chloé
 

La grande maison de mode parisienne ouvre les portes de son hôtel particulier au public le temps d’une exposition consacrée aux images de Guy Bourdin, qui immortalisa les looks des mannequins Chloé pour les plus grands magazines, depuis la fin des années 1950. Dans ses mises en scène, les femmes ne sont pas de simples silhouettes, prétextes à porter des vêtements de luxe. Elles jouent avec l'objectif comme au cinéma, dans des poses parfois iconoclastes (voire carrément provocatrices), et deviennent d’inspirantes héroïnes du quotidien. Les images jouent sur la notion de limite, de frontière (qui est d’abord celle du cadre de la photo elle-même), comme pour signifier qu’elles ne représentent qu’une facette de la réalité du modèle, et de sa personnalité ; elles s’imposent comme autant d’énigmes, comme des extraits de films qui n’existent pas. C’est que Bourdin, avant de se lancer dans la photo, fut peintre et dessinateur, et composait ses images avec de vrais partis pris formels. Une expo réjouissante qui retrace l’histoire de la mode et de la photographie de mode, et nous plonge dans des décennies pleines de fantaisie où tout était encore à inventer, et où la photo de mode tutoyait la photo d’art la plus pointue.  
A noter : l'exposition se prolonge jusqu’au 18 novembre

« Women House » à la Monnaie de Paris
 

La femme et l’espace domestique, voilà les deux notions que la Monnaie de Paris se propose de confronter à travers un passionnant voyage dans le temps, au fil de dizaines d’œuvres qui sont toutes signées par des femmes, naturellement. Le point de départ est un constat, celui que l’espace public a longtemps été attribué aux hommes, tandis que les femmes devaient se cantonner à la maison (et c’est encore le cas dans bien des cultures de par le monde). Quels liens, alors, se sont tissés entre les femmes et leurs « prisons » domestiques, entre leurs corps et une architecture qui les contraignait, les cachait, les empêchait ? Comment parvenir à exprimer sa créativité malgré les carcans et une forme d’invisibilité ? L’exposition reproduit la déambulation dans un appartement, à travers une succession de petites pièces qui correspondent à autant de thématiques. Il y a les « Desperate housewives » des années 1970, pour commencer, qui semblent soumises à l’espace domestique, puis on progresse de révoltes en réappropriations pour finir, dans un superbe salon de l’hôtel de la Monnaie, par tomber sur une majestueuse araignée ("Spider") de Louise Bourgeois, qui semble à la fois envahir la pièce et s’y intègrer délicatement, comme si elle se reposait avant de se déplacer ailleurs. Ce motif de la « tisseuse » est d’ailleurs récurrent dans le travail des femmes artistes (pensez à Annette Messager), non seulement par allusion à un travail qui fut exclusivement féminin, mais aussi, peut-être, pour signifier la lente construction d’un matériau original, à la fois protecteur – pour mieux affronter l’extérieur ? et qui signe une présence au monde toute en liens, en transmission et en esthétique originale. Merci à cette exposition de synthétiser ainsi les luttes féministes, mais aussi la nostalgie et la poésie propres aux expressions féminines de l’art !  
Jusqu’au 28 janvier à la Monnaie de Paris

Ecrivez à la rédaction : szannad@messortiesculture.com

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